HAIKUS
essais en langue française

Le père Noël m'a apporté un livre intitulé "Petit manuel pour écrire des Haikus", par Philippe Costa.
Il propose d'appliquer en langue française cette tradition japonaise d'un texte court de 17 syllabes,
en principe sous la forme 5+7+5 (=17) dans la version poétique
(liée à un sentiment léger qu'inspirent la saison, ou les circonstances)
mais dans un rythme plus libre dans la version combattive ou goguenarde dite Senryu.

La concision et le rythme en rendent le texte évocateur, et volontiers ambigu.

Je m'y essaie...

Haiku d'hiver :
Paris sous la neige
grue blanche déploie ses ailes
grue jaune au repos


Polysémie et ambiguïté : Pour moi la grue blanche est un mouvement de Taiji,
et la grue jaune un outil de construction à l'arrêt à cause du gel (jours d'intempérie).
Mais mon cousin le comprend autrement,
et pense que c'est la grue jaune (la Chine) qui déploie ses ailes,
et la grue blanche (la France) qui se met volontiers au repos après 35 heures ou en cas de grève...

autre haiku d'hiver :
Grand froid. Dans le hall
un clochard s'est endormi...
moi je n'ai rien vu


Ambiguité : est-ce que je n'ai vraiment rien vu, et ne le saurais-je que par ouï-dire,
ou est-ce que l'ayant aperçu en traversant le hall j'aurais choisi de ne pas le voir,
par humanité par ce grand froid ?

Haiku de circonstance :
Emmaüs fermé
le trottoir plein de paquets
on peut se servir



Haiku domestique :
Soleil dans la pièce
vite, vite à protéger
la Télévision



Haiku moqueur (fils à papa) :
Allô Président ?
adoptez-moi, voulez-vous ?
j'aurai du travail
 
Vu à la télévision : quelques jeunes, une banane à l'oreille, font mine de téléphoner...


Matin dans le tram
Blanche Neige vient s'asseoir
profil décevant



Ce n'est pas un Haiku, mais pourrait être un objectif de vie :
apporter aux vaisseaux
qui naviguent dans le noir
la lumière obstinée d’un phare

Hélène Cixous, "Les naufragés du fol espoir"
pour le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine

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