NORA DOUADY peintures


ILS ONT DIT...
et elle leur a répondu...

Cremonini
Pour Nora Douady, pour son regard émerveillé et analytique, les branches tendues dans le feuillage, les crevasses humides dans la pierre ou la terre, sont le labyrinthe du rêve, où l'existence n'est pas décrite, mais vécue entre le dur et le tendre, par la caresse tâtonnante de la découverte.
La quête du visible, aussi intense que celle du hasard et de ses taches, lui permet de rendre de plus en plus émerveillée notre perception du monde dans l'interrogation irrationnelle plutôt que dans sa mémoire.
Une sensibilité très évocatrice qui élimine les préjugés qui séparent le microcosme du macrocosme pour nous rendre une pure corporéïté du rêve.
Leonardo Cremonini



Rencontre
Avec Nora Douady
“ Pour moi, la technique ne prime pas, elle est d’abord source de découvertes. ”
Dans le secret des arbres
Dans le pays de Bray en Normandie, il y a de belles forêts, des champs immenses. Nora Douady, qui y habite, trouve une grande part de son inspiration dans ces paysages. L’artiste aime dans ses toiles jouer avec les matières, l’ombre et la lumière.
Une voix très douce, des éclats de rire timides, Nora Douady séduit par sa gentillesse, sa simplicité. À propos de son travail d’artiste, elle s’émerveille avec humilité : “ La peinture, c’est la conjugaison de différents éléments : nos envies, la technique, les contraintes extérieures, les coups de chance. Parfois cela prend, parfois non. Quand une œuvre est réussie, c’est qu’il s’est passé quelque chose, mais pas forcément grâce à l’artiste. La toile a accueilli un peu de beauté et de mystère. ” Nora Douady peint actuellement des paysages où la nature est très présente. Les arbres la fascinent tout particulièrement. “ Sans doute parce que je vis à la campagne… Près de chez moi, il y a de grandes forêts, des champs, des vaches. ” Depuis cinq ans, Nora Douady habite un petit village de Haute-Normandie, dans une maison en colombage et en brique typique de la région. Elle a installé son atelier dans une véranda toute en longueur, orientée au Nord, la lumière idéale pour un peintre. “ J’y ai suffisamment de recul pour réaliser de grandes toiles. ” L’artiste aime les défis. Elle peut peindre sur de tout petits formats atypiques ou d’autres beaucoup plus impressionnants, elle évite les intermédiaires, sans doute un peu sages à son goût. Ses toiles fascinent car elles peuvent se regarder à la fois de loin et de près. De loin, pour englober d’un seul coup d’œil un paysage souvent déformé par la perspective. De près, pour saisir l’incroyable jeu des textures et des matières. La peinture se fait gouttes, coulures, croûtes, transparences…
Plein air et atelier
Nora Douady a beaucoup peint sur le motif. Aujourd’hui elle reste davantage à l’atelier, car elle développe une recherche sur la matière picturale, une pratique peu compatible avec le plein air. Elle commence par peindre avec une peinture vinylique, matte, aux couleurs vives. Parfois elle ajoute des pigments liés avec du Caparol, des encres acryliques. Après ce premier jet, elle revient sur sa toile à l’huile. “ Je peux aussi provoquer des répulsions dans le frais avec l’huile et l’eau. Cela crée des réactions étonnantes qui me fascinent. ” Quand elle part sur le terrain, l’artiste emporte une dizaine de petits cartons encollés, parfois recouverts d’une première couche de peinture. “ Ce sont des cartons-bois pour l’encadrement. Les produits à l’eau réagissent très bien dessus. ” À l’atelier, Nora Douady travaille sur châssis. Sa première démarche est de recouvrir ses fonds, car elle ne peint jamais sur le blanc de la toile. Après le travail à l’atelier, elle peut parfois repartir sur le motif pour quelques touches en face du paysage. “ Imaginez, trimbaler de grandes toiles en forêt, ce n’est pas évident ! Mais c’est très excitant pour moi de me confronter à cette difficulté. Et j’aime ces heures passées dans la nature à regarder. ”
Coup de foudre pictural
Pour Nora Douady, l’inspiration s’explique difficilement. Même si ses œuvres sont souvent issues de son univers personnel, du spectacle de la nature, tout ne l’inspire pas. Sur certaines toiles, elle cherche à retranscrire des émotions liées aux souvenirs. “ Mes paysages minéraux sont une référence à une rivière où je me baignais étant petite. C’était pour moi un endroit paradisiaque. ” Pour déclencher l’envie de peindre, il faut une rencontre avec un jeu de lumières particulier, une harmonie inattendue de couleurs et de formes. “ Cela doit être un coup de foudre. Il ne suffit pas de se promener pour trouver, il faut un regard pictural concentré, un état d’esprit. ” Nora Douady a une jolie métaphore pour expliquer sa démarche. “ Pour moi la peinture, c’est comme éclairer une pièce très sombre avec une bougie. Peu à peu, la lumière de la flamme révèle des objets qu’on ne soupçonnait pas. Au départ on peint dans le noir, sans penser à ce que sera la toile. ” Ce rapport de l’ombre et de la lumière est un thème souvent présent dans les toiles de l’artiste : les forêts obscures s’opposent ainsi aux ciels lumineux. Le processus de création mélange spontanéité, hasard et intériorisation. Nora Douady se lance sur la toile sans esquisse. “ Je dessine peu car les contours enferment. Je commence par des taches de couleur, des effets de matière, sans penser à rien. Ce sont ces premiers jets qui m’amènent à la peinture. Je recherche l’inattendu, une matière vivante qui puisse réagir avec ce que je vais peindre. ” Elle travaille sur plusieurs toiles à la fois. Elle s’arrête quand la “ magie ”, comme elle aime à dire, opère. “ Peindre est une aventure perpétuelle, voilà ce qui est excitant. ”
Les Intérieurs
Les paysages ne sont pas la seule source d’inspiration de Nora Douady. Elle peint également des intérieurs. Dans ces œuvres très colorées, qui contrastent avec les paysages plus monochromes, l’artiste s’intéresse particulièrement au traitement de l’espace. “ J’ai peint une série d’intérieurs déformés, comme observés dans le reflet d’une boule ou d’un miroir de sorcière. Ces objets donnent une vue circulaire autour de soi. ” L’artiste travaille beaucoup par cycle. “ Ce sont des allers-retours. Je peins des intérieurs, puis des paysages, je reviens aux intérieurs. C’est comme une spirale : un sujet appelle l’autre… ” Même alternance pour le travail à l’atelier et sur le motif. “ Quand je travaille longtemps dans l’atelier, j’ai l’impression de me scléroser, de tourner autour de mon nombril. J’étouffe un peu. J’ai besoin de voir, d’être saisie par les choses de la vie. ”

Valérie Auriel (Artistes Magazine n° 127 mai-juin 07))




Vertiges
Lever la tête yeux rivés vers la cime, haute, si haute… noter le ciel qui perce le feuillage. S’adosser à l’escalier en colimaçon, plonger le regard vers le bas ; tout bascule. Voir le monde devant soi à l’horizon, là où les nuages vont s’écraser. Le saisir derrière soi, se tourner et le peindre aussi comme un panorama infini. Nora Douady expérimente la connaissance intime que procure la vision. Elle la peint, sensitive, audacieuse au travers d’une pratique qui ressemble à l’éveil médidatif : un état hors normes de la perception, qui met les antennes dehors, aiguise les sensations, permet de dépasser la vitre du miroir. Nora Douady peint en conjuguant son intuition et sa confiance dans la matière de la peinture,  à sa maîtrise et à  sa volonté. Son approche est personnelle, unique, élaborée sans a- priori, vouée à la vibration, à la richesse de la vue, à sa traduction de la vie.
 Emmanuelle Tenailleau (Pratique des Arts - n° 77 nov. 07-janv. 08)

Entretien
(Pratique des Arts)
PDA/ Votre dernière exposition dévoilait votre attirance pour les arbres et la nature. Sur de grands formats, le regard était invité à se projeter sur des cimes vertigineuses. Sur de plus petits, l’impression de terre labourée, d’eau transparente étaient traduits par des textures recherchées. Pourquoi ce thème de la nature ?
Nora Douady/  Mon environnement a influencé ma trajectoire. Je vivais en banlieue, m’inspirait d’intérieurs, de vues urbaines. Mon installation à la campagne il y a quelques années a sans doute décidé de mon évolution : le thème des champs, de la forêt, aurait –il autrement émergé ? Je ne sais pas. Je sais qu’au fond de mon jardin, le bosquet de hauts arbres m’a fortement impressionnée et a été à l’origine d’un de mes derniers thèmes. La terre et l’eau me captivent tout autant. Surviennent des souvenirs d’enfance, de vacances le long de ruisseaux et de rivières. La transparence imprimée dans ma mémoire épaule mon cheminement vers ces profondeurs aux couleurs différentes.

PDA/ Vous peignez les endroits que vous aimez ?
N.D/ Je ne cherche pas à les décrire : ce n’est pas le sujet de la peinture. Un peintre n’imite pas, ni ne représente. Il voit car il a appris à voir. Pour devenir peintre, il faudrait se retrouver bébé, au premier jour, sans avoir de mots à mettre sur les choses. Si on voit une pomme et qu’on la nomme, elle se réduit à être pomme. Si le regard abstrait cette chose nommée pomme, en la dénuant de code, alors, elle se révèle uniquement par la lumière. Les clairs et les foncés peu à peu se dévoilent et si je les transcris sur ma toile, de tâches en tâches, la vision est restituée.

PDA/ Quelle différence établissez vous entre l’imitation et l’invention ?
N.D/ L’imitation ne vaut pas parce qu’elle fixe. Face au motif, le peintre subit souvent la tentation de trop faire ; or trop bien faire fige la vie puis la détruit. L’invention a une autre faculté à transcrire la vibration des choses de la vie. Je considère vraiment la peinture comme une aventure, accepte de ne savoir où elle m’emmène ;  j’ai toujours envie de découvrir et de ne pas tout maîtriser.

PDA/ Quelle relation entretenez-vous alors avec la nature en tant que sujet de peinture?
N.D/ Ma relation à  la nature, ou tout autre sujet d’ailleurs,  évolue en fonction des besoins immédiats de la peinture. Ainsi, je peux très bien commencer mon tableau par des tâches, sans schémas prédéterminés. Les petits cartons où j’accumule mes essais de textures, de contrastes, de couleurs sont des propositions. Curieusement,  mes fonds élaborés directement sur le motif manquent de densité. Réalisés à l’atelier, ils s’étoffent sans idée préconçue, ou si peu, à peine une envie d’eau, une envie de feuilles, une envie de terre.
Ne croyez pas à une quelconque méthode, précise et volontaire. Il m’arrive aussi de partir de la nature, d’avoir le désir de cette confrontation lorsqu’un matin, j’étouffe à l’atelier et que je doive engranger dehors ce qui me manque. Le mouvement entre l’intériorité et le dehors est constant, non raisonné. Je suis soumise à mon état, d’éveil et de concentration. Je passe certains jours dépourvus de cette énergie là. Il n’est alors rien à faire. Je ne peux peindre que dans un état de concentration extrême jusqu’à m’oublier et oublier ce qui m’environne.



PDA/ Qu’est ce qui fait la différence entre ces tâches et la peinture ?
N.D/ L’aléatoire n’est pas la peinture mais elle en fait partie. Lascaux m’a révélé l’importance de la tâche qui relie l’imaginaire et la profondeur. Voyez ce carton, les tâches m’apparaissent comme des couleurs de terre labourée. Je n’ai plus qu’à faire la ligne d’horizon et déjà l’évocation prend corps.
Je cherche la matière de la peinture dans un jeu de rapports, ici un peu plus jaune, là plus sombre. Si je pose un blanc, je sais que je parviendrai à des contrastes maximaux.


PDA/ En résumé, les tâches sont vos fonds ?
N.D/La recherche des fonds est essentielle. Leur richesse est la clef de ma vision : la nature est vivante, la vie est riche. Je veux par conséquent que la matière de ma peinture soit vivante pour que se ressente le petit coup de foudre qui a inauguré mon envie de peindre initiale. Je ne veux surtout pas étouffer ce moment sensitif à vouloir copier la nature comme une photo. Même un pinceau fige. On pense trop avec un pinceau et je lui préfère la vitalité créée par des coulures. Je suis l’observateur et l’incitatrice de la chimie des matières. Je constate leur cristallisation. Les matières du hasard invitent au rêve. Le jeu consiste à retenir certains éléments, voir ce que le monde propose.

PDA/ Voir, n’est –ce pas le fonds du problème en peinture ?
N.D/ Le plus ardu pour un jeune peintre est de faire table rase. L’apprentissage consiste à se défaire de ces lunettes qui ne nous appartiennent pas avec lesquelles on voit le monde. C’est un phénomène normal qui a pour conséquence qu’on ne voit plus vraiment. Voir, c’est contempler, observer, sans filtre, sans a priori.


PDA/ A ce titre, vous avez peint à travers le filtre de boules de Noël. Expériences étonnantes !
N.D./ Les boules de Noël semblent de drôles de miroir qui nous font percevoir un monde troublant. Tout tourne, les formes s’étirent ou se résorbent. Je me suis peinte à travers leur reflet et j’ai rassemblé toute  la maison dans une boule, montrant successivement ce qui était devant moi en effectuant peu à peu une rotation complète. Quand on décide de peindre ce qu’on voit, il faut chercher les moyens de sa liberté. Etre honnête, est-ce voir comme si nous étions des appareils photos ? Je ne crois pas, être honnête consiste pour moi à peindre ce que je sens, tout autour de moi, devant, derrière, sur le côté.  C’est alors que les tâches préliminaires cessent d’être des tâches, au moment où elles entrent dans un paysage. Elles relatent alors une histoire.

Autres extraits de l'entretien (préparation du numéro de Pratique des Arts)


Matériels
. La diversité comme impératif.
IMG 9603/ L’atelier est rangé soigneusement : les encres dans leur boîte, les pots de couleurs vinyliques Flashe et les pinceaux. La Flashe se travaille comme une gouache indélébile, assez proche de la tempera. Elle se manipule à l’eau, crée un film mat et transparent, moins « plastique » que l’acrylique. Ces effets avec l’encre sont intéressants. Mes encres de grande qualité pigmentaire (ce sont des Dr PH. Martin’s, connues des illustrateurs) ont une belle tenue.
IMG 9701/  Rangée à part, la palette des couleurs à l’huile est une planchette de bois bien nettoyée à chaque utilisation. La disposition des couleurs obéit à un choix chromatique: de gauche à droite,  le blanc, le jaune, les rouges, les bleus, les verts,  les terres regroupées, le noir. Je les dilue au white spirit sans odeur et au medium à peindre.

L’art des tâches vivantes.
Comment enrichir son langage, obtenir une matière vivante en expérimentant des fonds ? Les pistes du hasard mènent l’œil à destination. Les critères habituels d’évaluation doivent être révisés ; si certaines tentatives s’avèrent fructueuses dès les premiers résultats, un essai considéré comme râté peut très bien sous une nouvelle action se révéler intéressant. Mes tatouilles ne sont pas des « trucs », j’ai simplement confiance dans mes matériaux et sait que l’impulsion donnée, si elle tient de l’aléatoire, m’offre des textures d’une profondeur que ma main et ma raison n’auraient pas produites.

IMG/ Je prépare mes « ingrédients », conçois couleurs, textures (liquide ou épaisse). Un par un, j’obtiens ici ce blanc fluide à l’huile, ce bleu verdi vinylique, cet ocre jaune sableux que finalement je trouve trop vif. Je dilue un pigment dans de l’eau et du caparol. Enfin, je termine par un mélange de sable, de caparol et d’eau. Au final, je dispose d’un ensemble de pots au différentes coloration et pouvoirs. La magie va commencer. Pour commencer voici un petit répertoire de gestes :
IMG 9606/ 1. Les gouttes avec le pot.
IMG 9616/ Les gouttes avec le pinceau, projection de couleurs, orientées par le mouvement.
IMG 9623/ Les coulures : je verse la couleur avec le pot puis oriente leur glissade.
IMG 9645/ Le tamponnage. J’ai peint au pinceau la surface. Je n’aime pas les traces laissées par mes pinceaux.. Je reprends la surface au chiffon : le relief est plus proche de ce que la nature propose. Voilà un fond vivant.
IMG 9628/ L’empreinte : deux feuilles, l’une colorée selon les principes précédents, l’autre appliquée dessus. Deux images se révèlent, symétriques mais différentes. Même la façon d’ouvrir les feuilles infléchit le résultat.
IMg 9632/ Et puis on peut continuer encore, forcer les contrastes par exemple : en imprimant ce graphisme, nerveux, noir, sur la surface claire.

Autre méthode, le contact, a priori contre- nature, de l’huile et de l’eau. L’huile a un rôle de répulsif pour la couleur à l’eau, en résulte des méandres qui m’émerveillent. Exemples :
IMG 9630/ Sur le carton précédent à base d’encre, je projette de la peinture à l’huile blanche, puis de la flashe verte. Je frotte le vert de flashe noire, ajoute du blanc à l’huile à la limite de cette tâche et quelques gouttes de flashe à nouveau. J’attends que les courants de couleurs s’interpénètrent.

IMG  9650/ De la même façon, la craie grasse repousse le vinylique. J’ai joué des deux matériaux et obtiens ce fond, qui éveille en moi la mémoire des terres labourées. L’imaginaire peut prendre appui sur ces éléments vivants.

IMG 9661 ou Visuel d’un petit tableau/
Des encres bleues et vertes, quelques gouttes de noir vinylique, un peu de bleu à l’huile. Une empreinte, des gouttes, des coulures : nouveau paysage à découvrir. Après il faut utiliser ces fonds, les ordonner. 

À l'extérieur

IMG9707/ Comme j’ai fréquemment besoin de m’installer en extérieur, j’ai aménagé une boîte à outils qui contient aisément tout mon matériel : huiles, encres, flashes, pinceaux… Dans un sac plastique, j’emporte également mes petits cartons aux fonds préparés. Il reste maintenant à savoir comment ils vont se relier à la nature.

IMG 9712/ Je passe longtemps à regarder autour de moi ce que me suggère la nature. Ces arbres sont impressionnants et je ne sais vers lesquels me tourner. Deux motifs m’intéressent et finalement la texture du tronc de l’un d’eux l’emporte sur le contre-jour proposé par les autres.

IMG 9718/ La puissance des lignes montantes crée ce vertige que j’aime traduire. La trouée de lumière m’attire. Je cherche parmi les fonds celui qui m’inspire. En voici un, coloré, aux masses vigoureuses, aux contrastes forts.

IMG 9728/ Assise sur la boîte à outils, le matériel autour de moi, je commence à reprendre le fonds de couleur. Dans la masse sombre, j’effectue une ouverture claire à l’huile. Le jaune brisé de blanc poursuit en négatif le tracé d’une branche que je ne dessine pas.

IMG 9729/ Je ne quitte pas mon sujet des yeux mais ne chercherai pas à le décrire. Je cherche des équivalences et des rapports.

IMG 9734/ Une fois accompli ce premier acte, je poursuis au couteau dans la partie inférieure avec un mélange de terre et de blanc. Puis je frotte au chiffon imbibé de white spirit.

IMG 9737/ Un noir vinylique, un peu de white spirit et la réaction ne se fait pas attendre : une densité telle que je les cherche survient.

IMG 9738/ Maintenant je fais intervenir l’encre verte, l’eau sur la partie huileuse. Je la reprends à nouveau avec la flashe et un mélange de vert et d’ocre.

IMG 9743/ Avec une brosse plate et différents mélanges à l’huile, je précise certaines zones. L’alternance des teintes, ocres, terres, vert crée une profondeur et une variété de gestes sensibles à l’œil.

IMG 9751/ La juxtaposition de clairs et de sombres crée les plans, donne l’impression visuelle du relief et des textures naturelles.

IMG 9762/ Le mélange des techniques est vivant : j’intègre au doigt ou à l’essuie tout les apports nouveaux de couleur. J’assombris le sommet de l’arbre. Je projette de la flashe verte dans la partie inférieure, ajoute de l’huile sur les branches, quelques gouttes de flashe vert clair.

IMG 9765/ Des tâches qui formaient le fond je suis maintenant passé à l’autre versant de la peinture : une histoire apparaît, de branches et de ciel. Cette peinture n’est intéressante que si je sais conserver la vitalité initiale des fonds tout en leur imprimant une autre structure. Il y a des tâches que je garde, d’autres que j’utilise, certaines que j’efface. Dans le même processus d’interraction des textures qu’à l’atelier.

Légendes proposées


Légendes possibles pour un tableau d’150x150cm/ Je peins sur des formats petits ou grands, rarement des moyens. Je limite néanmoins la taille des plus grands à 1m50, afin que ce monde ne dépasse pas ma taille ! J’aime le carré, qui n’est ni horizontal ni vertical. 

Légendes possibles pour tous ces tableaux/ En préliminaire, motif ou non sous les yeux ou dans la tête, je pars de tâches, alimente le support jusqu’à obtenir une peau. L’œil ne doit pas s’ennuyer sur la surface, je varie constamment mes gestes ou apports ; prends toujours garde à l’effet. L’effet est une application d’un savoir. Il est donc contraire à la notion d’aventure qui fonde ma peinture.  Il peut survenir de superbes tâches, un monde en soi, fascinant, que je doive enlever parce qu’elles ne font pas partie du corps de la toile. Un tableau est comme une respiration. Il lui faut un corps harmonieux.


 Créer les fonds par les gestes, les gouttes, les coulures est un point de départ. Le magma devient vivant. Il me faut aller vers la structure, partir du chaos et découvrir les points structurants. Si ma forme avait été rigide au départ, je crois qu’il vaut mieux tout casser. La difficulté est d’ordonner.

Passer de la tâche à l’ordonnance , passer de l’informe à une forme d’histoire, c’est le travail de peintre que je me suis assignée.


Légendes pour IMG 9797 OU 9804/ La traduction de l’espace m’a toujours captivée. J’ai pendant plusieurs années peint des intérieurs et des villages, des toits. Ces vues avaient un point commun : une trouée laissait percevoir derrière la porte, derrière la fenêtre, derrière un toit. Certains compositions ne contiennent aucune ligne droite : une vue de la maison met en scène trois portes ouvertes donnant accès à trois pièces différentes que l’on aperçoit morcelées. J’aime la déformation de l’espace, l’idée de perdre les repères. C’est pourquoi la notion de perspective me semble trop teintée. Je préfère inventer d’autres moyens de percevoir l’espace.

Légendes possibles pour une œuvre sur carton/ Je peins souvent sur carton. Il a toutes les qualités : pas lourd, pas cher, il répond aux gestes et à la peinture avec une force particulière, très belle. Je peux recadrer facilement mes compositions en les coupant.

(Extraits de la préparation du numéro de Pratique des Arts par Emmanuelle Tenailleau)