Octobre 2013
Vous avez dit : "environnement" ?
L'HUMANITÉ COURT À SA PERTE,
et le plus tôt sera le mieux
« Les
civilisations meurent par suicide, non par meurtre »
A-J Toynbee (1889-1975)
Plutôt que de découvrir au jour le jour avec
angoisse, par divers indicateurs successifs, que l'environnement se
dégrade et menace la santé des uns et des autres,
regardons les choses en face : ce résultat, s'il n'est pas tout
à fait un objectif déclaré, intervient dans le
cadre d'un risque admis et assumé, au profit d'un mode de
développement privilégiant d'autres impératifs.
Pris isolément, chaque événement peut
paraître indépendant ; pourtant Fukushima (après
Tchernobyl), le naufrage de l'Érika et autres marées
noires, le golfe du Mexique zone morte, la pollution de l'air des
villes chinoises mais aussi des nôtres, les rejets dits
accidentels... tous ces incidents ou phénomènes
récurrents résultent d'une prise de risque
délibérée, ponctuelle ou plus
générale.
Sont invoqués en vrac le progrès,
l'intérêt général, l'économie,
l'emploi, l'accès à la modernité...
La consommation d'objets n'est plus un désir, mais une
obligation : à peine ouvrons-nous les yeux que la
publicité vient envahir notre regard, dans la ville et
désormais sur nos écrans les plus personnels. Khaled
Kelkal en témoigne dès 1965, trois ans avant sa mort
dramatique : "Le mec veut s'acheter un beau jean comme l'autre, il n'a
pas d'argent. Il est obligé de se débrouiller tout seul".
Pourtant Homère, Galilée, Léonard de Vinci,
Descartes, Mozart et Beethoven s'éclairaient à la bougie,
et certaines peintures rupestres témoignent d'emblée d'un
talent qui n'est guère dépassé aujourd'hui.
La consommation d'énergie a doublé en 40 ans
(1973-2013), accompagnée par les émissions de CO2.
Les activités humaines ne sont plus assurées que
pour moitié par des ressources renouvelables, l'autre
moitié aux dépens de l'équilibre de la
planète et de son avenir. Que dirait-on d'une famille
dépensant son revenu mensuel du 1° au 15 du mois, et prenant
pour la suite un emprunt qu'elle ne saura pas rembourser ?
Le sentiment général de bien-être, qui
auparavant suivait la courbe de la consommation d'énergie, se
serait semble-t-il stabilisé sur sur la même
période : à quoi sert le surplus d'énergie
consommée ?
Le but n'est pas la fin de la faim dans le monde (même si
elle se réduit), puisque le dérèglement climatique
et la prochaine montée des eaux préparent exodes et
famines, et que cette annonce laisse l'humanité relativement
indifférente, ou du moins inopérante.
Après Rio 1992 (succédant à Stockholm 72 puis
Nairobi 82), voici maintenant une génération que les
responsables de la planète sont informés, et ont choisi
de ne rien faire, ou si peu... Une solution efficace serait sans doute
de bombarder les paradis fiscaux, mais nos bombes ont d'autres cibles,
de préférence pour protéger l'exploitation des
hydrocarbures.
Autour de Fukushima et de Tchernobyl, de vastes espaces sont
désormais interdits à l'homme, tandis qu'y
prolifèrent sans nous de multiples espèces, certaines
peut-être déjà mutantes.
N'allons pas pleurer, puisque ces perspectives sont
acceptées presque de gaîté de cœur : faisons
en plutôt le constat, et accueillons chaque nouveau
développement comme l'intéressante confirmation d'un
processus reconnu et admis (sinon vraiment choisi). Nous aurons ainsi,
au moins, la satisfaction de la lucidité.
Beaucoup préfèrent ne pas savoir ; respectons ce
choix et contentons nous de leur souhaiter bonne chance en trois mots :
Dormez braves gens.