LA VILLE COMME PROCESSUS
Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ?
COMMENTAIRES ET RECENSIONS
PREMIERS COMMENTAIRES
Gabriel Dupuy 17 juin 16 (sur une version provisoire en ligne)
Je suis allé sur Dropbox et j'ai fait une lecture, sans doute un
peu rapide, de ton manuscrit.
Tu réponds à l'avance aux critiques de ceux qui te
reprocheraient de ne pas avoir lu toute la littérature avant
d'en tirer les premières hypothèses. Je comprends que ton
approche n'est pas celle-là et mieux vaut utiliser une
sensibilité d'urbaniste, proche des terrains et des
réalités urbaines que de faire du faux académique,
d'ailleurs peu pertinent au niveau de généralité
que tu envisages.
L'idée qui est la tienne (pas seulement d'ailleurs) est
stimulante. Quels processus, mécanismes, logiques, permanentes
(universelles ?) se cachent derrière les formes urbaines que
nous observons aujourd'hui et qui résultent du jeu complexe des
dits processus, mécanisme, etc. La réponse que tu donnes
se fonde sur une sorte de théorie de la société
urbaine. La grande culture qui est la tienne transparaît bien
dans cette théorisation.
Le choix d'appliquer l'approche aux réseaux de voirie se
justifie à mon sens assez bien. Nous avons déjà eu
l'occasion d'échanger là-dessus à propos de
Morpho-City.
Donc normalement, tout va bien pour satisfaire le lecteur.
Il reste cependant, à mon avis, un problème qui nous
ramène quand même, volens nolens, aux règles
académiques. Tu n'est pas le seul à t'être
posé les questions ci-dessus. Ceux qui l'ont fait en essayant de
démontrer la pertinence des réponses qu'ils proposaient
se sont plutôt "cassé le nez". On peut comprendre
pourquoi. Ce n'est pas ton cas puisque tu ne cherches pas à
apporter une démonstration statistique de ce que tu avances. En
gros, le lecteur te fera confiance et tu mets même sur la table
quelques cas illustratifs.
Alors, l'académique que je suis (on ne se refait pas) aurait
bien envie de confronter Clément-Noël Douady et des gens
... qui se sont "cassé le nez", qu'il s'agisse du domaine de
l'urbanisme ou de celui l'architecture. Mais comment faire cette
confrontation si les approches différent tellement que vous
êtes dans des univers différents...Or, hélas, j'ai
le sentiment que c'est bien le cas.
Gabriel Dupuy - déc. 16 (sur l'ouvrage paru)
Je tenais à te remercier pour l'envoi de ton livre "La ville
comme processus" dont je viens d'achever la lecture. Le cas de Brive
est particulièrement stimulant.
Jean-Pierre Frey - 29 nov. 16 (avant parution)
...
le rapport [éventuel] entre complexité des processus et
simplicité d’une explication globale mérite sans
doute qu’on y revienne ...
... prise de position qui m’a toujours laissé rêveur.
15 dec. 16 - Merci pour ton dernier ouvrage dont je compte bien
qu’il stimulera ma réflexion sur le sujet qui nous
préoccupe.
Alexandra Chararria - 6 dec. 16
Federico
Giaicomello va faire la recension pour PCA (revue dont je suis editeur)
vous l'avez deja contacté ; j'aimerais bien aussi avoir un
exemplaire et essayerai de publier la recension dans la revue
Archeologia dell'Architettura.
Sandra Bélanger pour Caroline Desbiens - 6 dec. 16
Les Cahiers
de géographie du Québec seraient heureux d’en
recevoir un exemplaire qui sera soumis à un lecteur
compétent dont le compte rendu sera publié dans notre
revue.
Maurizio Gribaudi - 7 dec. 16
Super
Clément-Noël ! Je veux bien avoir un exemplaire de votre
dernier livre pour lequel on pourrait penser à nouveau à
une présentation dans le cadre de nos séminaires. Qu'en
dis-tu ?
Jacques Attali - 7 dec. 16
Je suis un peu honteux
de ne rien avoir écrit au sujet de ton précédent
livre. Mais je considère toujours avec grand
intérêt tes études morphologiques dont je soutiens
entièrement le principe... je veux bien recevoir un exemplaire
de ton nouvel ouvrage ! J'esaaierai de commenter, cette fois.
Chantal Lascurettes - 8 déc. 16 (oralement)
Ma fille fait des étude de Géographie ; quand elle a
vu le livre elle s'est écriée "c'est pour moi !" et l'a
emporté dans sa chambre.
Laurent Beauguitte - 14 dec. 16
je serais ravi de
recevoir l'ouvrage, ayant beaucoup apprécié le
précédent
Pierre Clément - 15 dec. 16
Merci cher
ami pour l'envoi de ton livre je vais m'y plonger avec grand
intérêt à bientôt
Ryma Hachi - 16 dec. 16
Un grand
merci pour le livre que j'ai reçu hier, et pour votre
dédicace. Je commence le compte-rendu fin Décembre [voir
le recensement ci-dessous]
Christophe Goupil
J'ai vu le
thésard de Stéphane et je lui ai parlé des
modulations incommensurables en cristallographie,
et la possibilité d'en rendre compte par l'introduction d'une 3
ème dimension dans le plan de la ville.
Estelle Beauchemin-Glachant - 23 dec. 16
Commentaires
de Simeon, 13 ans, en le feuilletant : "ouaaah !... C'est classe comme
bouquin..."
Serge Salat - 25 dec . 16
J’ai bien reçu l’ouvrage. Il est très
intéressant comme les précédents et tout à
fait en résonance avec mes préoccupations et
intérêts morphologiques. Je vais le lire avec le plus
grand intérêt entre Noël et le jour de l’an.
Daniel Naudex - 1 janv.17
Ton livre expose beaucoup d’observations très pertinentes !
Nora Douady - 2 janv. 17
J'ai fini de lire ton livre !!! J'ai beaucoup aimé le point de
vue presque "satellitaire" analysant de haut la forme des
créations de ces petites fourmis humaines en tentant d'en
dégager une rationnalité !
Claire Lagesse - 6 janv. 17
J'ai bien reçu ton livre, merci beaucoup.
Je vais m'y plonger et te ferai un retour, comme promis.
Louis-Pierre Grosbois - 17 janvier 17
L’Essai « La Ville comme Processus » s’aborde
facilement puisque dès le début l’auteur choisit de
dé-complexifier les composantes du processus, non pas pour les
oublier mais en annonçant : « elles seront
éclairées par une étude plus
détaillée ».
Ceci permet de proposer, des modélisations planes à
l’aide de points (noyaux) traits (voies) et quadrillages
(trames). Le parcours de lecture est aisé et la
compréhension facilitée par le face à face du
double langage (écrit/dessiné) en s’appuyant sur de
nombreux exemples de villes pris aussi bien en France qu’en Chine.
Le parcours de lecture se densifie avec les chapitres consacrés
aux facteurs géographiques et humains.
L’auteur nous rappelle la diversité des fondements (espace
planétaire, orientation cardinale, pesanteur), le
développement du socle, de la vie végétale et
animale, l’impact de la vie sociale du groupe. Il termine par le
rôle de la symbolique de ces mêmes fondements dans le choix
des réalisations pour l’orientation, les voies, les
remparts etc. Cette symbolique qui souvent s’oppose aux arguments
rationnels est définie comme « organique » par
l’auteur quand elle qualifie un noyau et une orientation
(Chandigarh), des voies (Paris), un groupe social (Xian) etc.
A la fin de ces deux chapitres on aimerait arrêter la lecture, un
moment, pour réfléchir avec l’auteur sur ce concept
« d’organique » dans le processus de la ville :
- Est-il lié à la complexité, à la
diversité ou à l’identité (allusion à
la citation : « le vieux Paris…le cœur d’un
mortel ») ?
- Est-il celui qui brise ou colore la régularité et
l’universalité ?
- Pourrait-on poser que l’accumulation de niveaux signifiants
pour décrire la ville amenant à la qualification «
organique » traduit en fait une propriété
émergente, originale, forcément différente de la
simple somme des propriétés sous jacentes ?
Des éléments de réponse pourraient venir de
l’étude plus détaillée annoncée au
début.
Merci Clément-Noël d’avoir approfondi et
renouvelé nos savoirs sur les fondements de la ville. Ainsi nous
pouvons engager sous un angle nouveau, un questionnement plus pertinent
de la structure des villes.
Michèle Descolonges - 16 févier 2017
Bonsoir Clément-Noël,
Comme je te l'annonçais, j'ai écrit une note de lecture
sur La ville comme processus. Cela paraîtra dans le prochain
numéro d'Écologie & Politique, en avril.
Dès que le secrétaire de rédaction l'aura mise au
format de la revue je pourrais te l'envoyer.
Bien amicalement
Michèle
Lena Sanders - 8 mars 2017
Cher Clément-Noël,
Pardonnez-moi d'avoir été si lente à vous
remercier pour votre beau livre, "La ville comme processus"!!
Il est tout à fait passionnant et se lit comme un roman
et il me tire du côté des tissus urbains que je connais
finalement (trop) peu (ayant davantage travaillé sur ceux qui
peuplaient les villes).
J'ai une doctorante, Ryma Hachi, qui est très enthousiaste et a
proposé un CR de votre livre à la revue Mappemonde.
Un grand merci pour cette lecture stimulante!
Bien cordialement,
Lena Sanders
Christophe Goupil - 21 juillet 2017
Cher Clément
Merci pour ton message; oui effectivement, en lisant ton ouvrage il
apparaît que la structure des villes semble à la fois
répondre à une double symétrie 4, de base
quadrilatère, et polaire.
Plutôt que polaire, je dirais plutôt une symétrie 3,
c'est à dire triangle. Cette symétrie 3 se
caractérise par des axes à 120 degrés rayonnant
depuis le centre. Si on imagine une naissance de ville, on peut
parfaitement comprendre que le premier réseau urbain est celui
qui se se dirige vers les villes plus éloignées. Si on
ajoute que faire une route est onéreux, on peut comprendre que
le réseau le plus simple pour faire l'évacuation hors de
la cité, soit trois grands axes à 120° les-uns des
autres. Ces trois axes sont la façon la plus efficace pour
couvrir au mieux toutes les directions rayonnant depuis le centre vile,
tout en minimisant le nombre de routes. On trouve alors un
symétrie 3 assez naturelle. celle-ci se poursuit tant qu'elle le
peut, puis les habitations peuplant les bordures des axes, la forme
carré des maisons impose le greffage d'une structure de
symétrie 4 sur un réseau initialement se symétrie
3. Les deux symétries que tu cites sont alors présentes.
Amitiés
Christophe
PREMIÈRES RECENSIONS
Revue Écologie et Politique - n° 54 - avril
2017
Clément-Noël Douady,
La ville comme processus. Derrière la forme urbaine,
quelles dynamiques ?
Essai, L’Harmattan, Paris, 2016
Note de lecture par Michèle Descolonges
(sociologue)
Peut-on rendre compte des dynamiques urbaines par la
modélisation ? Tel pourrait être un second sous-titre de
l’ouvrage que nous offre Clément-Noël Douady, qui
entreprend d’énoncer les paramètres majeurs dont
pourrait tenir compte une modélisation. Il annonce limiter son
ambition à l’étude du réseau des rues, mais
il entreprend de fait un repérage qui va bien au-delà. Il
dispose en ce domaine d’une longue pratique d’urbaniste qui
l’a conduit principalement en France et en Chine.
C’est a posteriori que nous observons le «
perpétuel mouvement » de la ville, expose un premier
chapitre, intitulé « Préliminaires ».
Pourtant un processus est à l’œuvre, organisateur
dans la durée des voies de liaison, répondant selon
l’auteur à une « géométrie
triangulée », de l’utilisation du site,
quadrillé de rues se croisant, que l’on observe dès
l’Antiquité, des enclosures, c’est-à-dire de
ce qui organise l’intérieur et l’extérieur de
la ville. Un premier point à noter est que « ces
éléments se retrouvent dans de nombreux plans de ville
à travers le monde », et à travers
l’histoire, en dépit des contextes culturels et sociaux.
À l’appui, des schémas de « ville
quadrillée » nous sont proposés. On notera la photo
d’une reconstitution du plan parfaitement circulaire de la ville
mésopotamienne de Mari, la cité-État datant
d’environ 2 900 ans avant notre ère, à
l’intérieur de laquelle un quadrillage peut être
observé. Le voisinage d’avec la vue aérienne de la
ville de Bram, située dans l’Aude, témoigne de
l’existence d’une « circulade »
médiévale.
Les « composantes du processus » présentées
au deuxième chapitre montrent les emboîtements entre des
noyaux urbains, constitutifs des villes, des voies de liaison et des
réseaux, qu’il est possible de schématiser par
« le point, la ligne et le réseau » et d’en
montrer la continuité. La notion d’enclosure souligne la
dynamique de la protection et de la vulnérabilité, se
calque sur la ville et la campagne, désigne
schématiquement ceux que l’on protège, ceux que
l’on délaisse. Ici, l’introduction de la notion de
« pouvoir » serait sans doute utile. Il est
évidemment intéressant de rendre compte, comme l’a
réalisé le sociologue américain Mike Davis dans
ses travaux sur la ville de Los Angeles, des évolutions du
phénomène de l’enclosure et des rapports de forces
qui les génèrent : villes vidées de leur centre,
délaissées aux plus pauvres, et reconstitution de
gate-cities. En retour, quels en sont les effets sur les voies de
liaison, sur leur contrôle ? Est-ce la «
complémentarité » qui guide la répartition
des implantations à l’intérieur ou à
l’extérieur de l’enceinte, comme tend à le
montrer un ancien document de la ville de Xi’an (Chine),
présenté dans l’ouvrage ? Et que penser de la
localisation de ces enclosures que sont les prisons, les camps de
réfugiés et les camps d’internement, les espaces et
structures d’enfermement qui, tout à la fois, excluent et
sont censés protéger ? Et, finalement, qui et
qu’est-ce qui est exclu, qui et qu’est-ce qui est inclus ?
Les deux chapitres suivants, respectivement intitulés «
Facteurs géographiques » et « Facteurs humains
», visent à montrer l’enrichissement de la trame de
base (noyaux urbains, voies de liaison, réseaux locaux
discordants) par des « dynamiques complémentaires ».
Ce sont notamment celles du site et des possibilités de
protection naturelle, comme à Avignon, installée dans un
coude du Rhône, ou à Carcassonne, dont la citadelle
construite sur une éminence est préservée
grâce à l’absence de construction sur les pentes.
L’exemple des villes de vallée, présenté ici
grâce à des vues aériennes de Chengde (Chine) et de
Tulle (Corrèze), indique la prééminence de la
nature du site sur le statut des inspirateurs.
Il est bien difficile de répondre à la question,
posée sous l’énoncé « Motivations
» : « Mot de la famille de moteur, qui met en mouvement
(à source d’énergie). Quelles sont donc ces forces
qui poussent les humains à agir sur le territoire, s’y
déplacer, s’y incruster, s’y enfermer ? À en
exploiter les surfaces pour y cultiver, y construire ? Se combattre et
se protéger ? » Le thème des limites ou
frontières se dessine davantage dans ce chapitre, offrant, me
semble-t-il, une lecture de l’ouvrage dans son ensemble. Ce sont
bien les logiques de protection des humains qui prédominent dans
les choix opérés en matière de création de
noyaux urbains. Protections édifiées contre les
intempéries, les climats, les possibles prédateurs, les
manières de faire des humains sont égrenées par
Clément-Noël Douady. Que l’enclosure réponde
aux dangers du moment, ou qu’elle soit la composante d’un
groupe constitué, comme le furent les légions romaines,
le moment où elle est saisie ne préjuge pas totalement de
son avenir et dit peu de son passé. L’auteur écrit
joliment à ce sujet : « Un coup de zoom arrière, et
tout se transforme : les rues de Milet et de Manhattan conduisent
à la mer ; Pékin s’arrondit ; Richelieu se dilue
dans la campagne, Brasilia s’émiette… Un coup de
zoom plus avant, et la vie reprend ses droits : à Kyoto on peut
se glisser dans les ruelles ; dans le vieux Xi’an remarquer des
clans organiques dans chaque maille ; au cœur de Chandigarh
découvrir deux anciennes cités emboîtées,
l’une carrée et cardinale, l’autre arrondie. »
Avec cet ouvrage, nous sommes très éloignés de la
patiente, parfois modeste quant à ses sources et cependant riche
et pionnière Histoire de la France urbaine
dirigée par Georges Duby à la fin des années 1970.
Loin de sa mise en perspective de l’histoire urbaine par rapport
à l’histoire rurale, loin aussi d’un retour sur les
notions de progrès et de liberté dont les villes,
à la différence des campagnes, seraient porteuses. Au fil
des cinq volumes, les auteurs montraient que l’urbain
n’était pas réductible aux seuls facteurs
économiques, et que l’actualité des
aménagements urbains des années 1970 méritait
d’être éclairée par le temps long des groupes
humains.
Peut-être est-ce là la rançon de l’intention
modélisatrice ? Les dynamiques urbaines sont réduites
dans la ville comme processus à des régularités
morphologiques observables dans le temps et dans l’espace.
Dès lors, peut-on parler de « dynamique » ?
Cependant, en introduisant (dans le chapitre « Croissance et
avatars ») la notion d’« impermanence »,
autrement dit d’instabilité, puisée dans son
expérience chinoise, l’auteur témoigne, par une
écriture interstitielle, que l’analyse ne peut faire fi
d’un recours à des notions élaborées par de
nombreuses disciplines. Ce qui élargit singulièrement le
champ des « régularités ». Un travail
interdisciplinaire, en somme, peut-être représentatif
d’une nouvelle écologie urbaine, qui mobilise des
techniques du numérique et les articule parfois difficilement
avec la parole.
Michèle Descolonges
Revue
M@PPEMONDE - Numero 121
Juillet 2017
LA VILLE COMME PROCESSUS.
Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ?
Recension par RYMA HACHI - juin 2017
Clément-Noël
Douady, urbaniste et architecte, est l’auteur de Lire la
ville chinoise, paru en 2011 chez L’Harmattan. Il a
également co-écrit avec l’équipe
Morphocity De la trace à la trame, paru en 2014
(cf. M@ppemonde) . Il opte cette fois-ci pour un essai, La ville
comme processus - Derrière la forme urbaine, quelles
dynamiques ? qu’il publie fin 2016 également aux
éditions L’Harmattan.
Cet essai a un double ancrage.
D’une part, il s’inscrit dans la catégorie des
ouvrages illustrés traitant de la morphologie urbaine (Allain,
2004 ; Bernard, 1990 ; Caniggia, 1994), qui présentent à
travers des schémas et des plans de ville les composantes de la
forme urbaine, y compris à l’échelle très
fine du tissu urbain.
D’autre part, le texte
entend décrire les dynamiques urbaines et leur manifestation
dans la forme urbaine. Ces dynamiques sont le fruit de plusieurs
facteurs tels que l’évolution des besoins humains et
sociétaux, les contraintes géographiques, les inventions
techniques, etc.
Ce lien entre dynamiques et formes
urbaines a depuis longtemps intéressé les
géographes (Pumain et al., 1984 ; Pumain, 2006). Le sujet
connaît aujourd’hui un regain d’intérêt,
notamment grâce à la modélisation informatique
(Louail, 2010 ; Moreno, 2009 ; Camacho-Hübner, 2009).
Néanmoins, en abordant la
question de la forme urbaine, ces études se cantonnent souvent
à l’échelle méso-géographique, sans
aborder celle du tissu urbain : rues, places, iparcelles…
L’originalité de cet
essai est donc d’utiliser les codes (schémas,
plans…) et l’échelle des analyses
morphologiques (échelle du tissu notamment), dans le but
d’explorer le lien entre dynamiques urbaines et forme
matérielle de la ville.
Lorsqu’il parle de la forme
urbaine, l’auteur se focalise plus particulièrement sur
celle du réseau de rues. Il s’expose ainsi à des
critiques sur le caractère restrictif de son choix, mais
désamorce cela rapidement en expliquant que son objectif
n’est pas d’appréhender la ville dans toute sa
complexité. Il entend plutôt proposer une première
modélisation, très restrictive certes, mais requise selon
lui avant l’introduction d’autres paramètres.
De plus, l’auteur introduit
par endroits d’autres objets (enclosures, parcellaire,
métro…) et couvre une large gamme d’échelles
spatiales (allant de la parcelle à l’échelle de
l’Europe), ce qui donne à son propos un caractère
très englobant.
Enfin, l’auteur envisage son
ouvrage comme un recueil de pistes pouvant permettre à un
modélisateur (dans le sens informatique du terme) de se saisir
du défi que constitue la modélisation de la croissance
urbaine.
L’ouvrage est divisé
en six chapitres. En introduction, l’auteur explique son choix de
rédiger un essai, format qui lui permet de mettre en exergue les
réalités urbaines, en tant que professionnel de
l’urbanisme actif sur le terrain. Il expose ensuite ses objectifs
et énonce un ensemble de précautions et de
réserves que requiert son entreprise, réserves
qu’il lèvera au fil des chapitres.
Dans le chapitre 1, l’auteur
explique que malgré la complexité du fait urbain,
l’observation d’un grand nombre de plans de villes laisse
entrevoir des éléments reconnaissables. Ces
éléments laissent supposer que le processus de croissance
urbaine est régi par quelques lois simples et assez
générales, qu’il entend, en partie,
révéler.
Il commence par décrire, en
chapitre 2, les composantes de base du processus de croissance urbaine
(répartition de noyaux urbains ; voies de liaison ;
réseau local), et les premiers niveaux de complexité qui
en découlent.
Dans les chapitres 3 et 4,
l’auteur introduit les facteurs géographiques et humains
qui viennent interférer avec ce processus de base. Il tente
d’être exhaustif en énumérant un grand nombre
de cas de figure possibles (selon diverses natures de site, types de
gouvernance…).
Dans le chapitre 5, l’auteur
fait évoluer ces facteurs dans le temps (évolution
technique, rupture de gouvernance…). Il introduit donc des
dynamiques urbaines et décrit leur impact sur la forme
matérielle de la ville, plus particulièrement sur le
réseau de rues. Il illustre enfin son propos par un cas concret,
celui de Brive-la-Gaillarde, en chapitre 6.
L’auteur conclut en
rappelant que la complexité du fait urbain, qu’il
n’a pas tenté de taire à travers son ouvrage, ne
doit pas empêcher sa modélisation. En effet,
l’objectif d’un modèle n’est pas de reproduire
dans le détail toutes les villes du monde, mais plutôt, et
c’est ce que l’ouvrage tente d’esquisser, «
d’illustrer l’interaction de quelques mécanismes
élémentaires repérés dans le processus de
développement urbain, et de confronter les images obtenues avec
des évolutions urbaines constatées dans la
réalité » (p. 119).
Très illustré,
l’ouvrage s’adresse facilement à un public
d’architectes ou d’urbanistes, mais aussi de
géographes. Le style très pédagogique et peu
jargonnant peut également convenir à des étudiants
ou à un public de non spécialistes.
Les illustrations, très
variées, sont localisées à chaque fin de chapitre.
Vu la concision des chapitres, cela ne gène pas
particulièrement la lecture, mais un renvoi dans le corps du
texte à certaines figures aurait été
apprécié.
Ces illustrations recouvrent une
large échelle spatiale et temporelle ; on passe des enclosures
historiques de Pékin (p. 94) au réseau de voies
principales à l’échelle européenne (p. 31).
Malgré cette diversité, force est de constater que les
exemples traités sont en grande majorité français
ou chinois. Des références à d’autres
contextes auraient sans doute enrichi le caractère englobant de
l’ouvrage.
En conclusion, cet essai a le
grand mérite de regrouper un grand nombre de connaissances
tacites sur les processus de croissance urbaine. Il a également
pour intérêt de mettre ces connaissances en regard avec
des phénomènes très actuels, tels que celui des gated
communities ou des méga-cités. L’auteur ouvre
ainsi de nombreuses perspectives de recherche, tant sur les
évolutions urbaines passées que sur celles à venir.
Bibliographie
Allain R. (2004). Morphologie urbaine. Géographie,
aménagement et architecture de la ville. Paris : Armand
Colin, p. 9-92.
Camacho-Hübner E. (2009). Traduction des opérations de
l’analyse historique dans le langage conceptuel des
systèmes d’information géographique pour une
exploration des processus morphologiques de la ville et du territoire.
École Polytechnique Fédérale de Lausanne.
Thèse de doctorat. En ligne
Caniggia G. (1994). Lecture de Florence.
Bruxelles : Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc,
142 p.
Lepetit B.. (1990). « Pierre Merlin
(éd.), Morphologie urbaine et parcellaire, Formes urbaines,
villes en parallèle ». Annales. Économies,
Sociétés, Civilisations, vol. 45, n°2, p. 469-470.
Louail T. (2010). Comparer les
morphogénèses urbaines en Europe et aux États-Unis
par la simulation à base d’agents. Approches multi-niveaux
et environnements de simulation spatiale. Thèse de doctorat.
Université d’Évry-Val-d’Essonne. En
ligne
Moreno Sierra D.L. (2009). Une approche
réseau pour l’intégration de la morphologie urbaine
dans la modélisation spatiale individu-centrée.
Thèse de doctorat. Université de Pau et des Pays de
l’Adour.
Pumain D. (2006). « Systèmes de
villes et niveaux d’organisation ». In P. Bourgine, A.
Lesne. Morphogenèse. L’origine des formes, Paris :
Belin, p. 239-263. <halshs-00145939>
Pumain D., Saint-Julien T., Sanders L. (1984).
« Vers une modélisation de la dynamique intra-urbaine
». L’Espace géographique, vol. 13, n°2,
p. 125‑135. En ligne
Cahiers de géographie du
Québec- Volume 62, numéro 175, avril 2018
Comptes rendus bibliographiques
DOUADY, Clément-Noël (2016) La ville comme processus.
Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ?
Paris, L’Harmattan, 130 p. (ISBN 978-2-34310-937-4)
Ce petit ouvrage de facture non didactique présente une
originalité : celle de proposer une contribution à une
modélisation de la croissance urbaine contemporaine.
L’auteur − un professionnel de l’urbanisme −
veut élaborer des « lois simples » en la
matière à partir d’une typologie du réseau
viaire applicable à toutes les tailles de villes dans le monde,
typologie qu’il décompose en trois catégories : les
voiries de liaison entre quartiers, les capillarités au sein des
îlots, et ce qu’il nomme les enclosures,
c’est-à-dire ce qui permet de tracer les limites des
différentes extensions urbaines à des périodes
historiques données. Ces limites ont servi de repère,
depuis une cinquantaine d’années, pour la création
de rocades de contournement. La compréhension des quadrillages
orthogonaux ou circulaires est, pour l’auteur, indispensable
à la compréhension des processus des formes urbaines,
trop souvent réduites, selon lui, à des
représentations immuables ou à des images fixes. Cette
méthode paraît utile pour comprendre pourquoi, par
exemple, l’emplacement d’un équipement public est
localisé à tel endroit, en révélant
qu’il se trouvait, à un moment de l’histoire de la
ville étudiée, à la confluence de deux voies
importantes de communication, même si ces voies n’ont plus
la même importance aujourd’hui. Si la thèse de
l’auteur est convaincante dans la première partie, croquis
et cartes à l’appui, elle l’est moins quand il
évoque ensuite le poids de ce qu’il nomme les facteurs
géographiques de la croissance urbaine et les réduit
uniquement aux considérations physiques de la surface terrestre.
Il affirme bien que « la structure de la ville est directement
marquée par la nature et l’organisation du groupe social
qu’il abrite », mais sans lui donner de contenu et sans
relier ce point à la théorie modélisatrice
développée dans la première partie. Au-delà
de cette contradiction, l’intérêt de l’ouvrage
tient dans la production, à partir de nombreux exemples pris en
France et à l’étranger, en Chine
particulièrement, d’un « mini-atlas » des
processus d’extension urbaine, inscrivant le périurbain,
par le truchement de la typologie des réseaux
d’infrastructures routières, dans la continuité des
tissus urbains existants et participant, de ce fait, à
l’atténuation des oppositions, aujourd’hui
obsolètes, entre centres et périphéries.
L’ouvrage est organisé en six chapitres dont les
principaux portent sur les composants des processus de croissance
urbaine et sur les « facteurs » humains et
géographiques des dynamiques urbaines. Le dernier chapitre
détaille l’étude d’une petite ville
française de 50 000 habitants, Brive-la-Gaillarde, située
à l’ouest du Massif central. En 28 cartes, schémas,
graphiques et croquis, l’auteur déploie
concrètement sa théorie. Il décrit comment le
noyau urbain de Brive, les enceintes historiques et défensives
de la ville datant du XIIe siècle, ont structuré son
urbanisation, les percées et les rocades, les différentes
implantations commerciales et industrielles et comment ce noyau
constituerait même une grille de lecture des dynamiques sociales,
même si l’auteur – et c’est une limite de
l’ouvrage – s’appuie principalement sur
l’impact du site pour décrypter les formes urbaines
contemporaines.