LA VILLE COMME PROCESSUS
Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ?

COMMENTAIRES ET RECENSIONS


PREMIERS COMMENTAIRES

Gabriel Dupuy 17 juin 16 (sur une version provisoire en ligne)
 
Je suis allé sur Dropbox et j'ai fait une lecture, sans doute un peu rapide, de ton manuscrit.
Tu réponds à l'avance aux critiques de ceux qui te reprocheraient de ne pas avoir lu toute la littérature avant d'en tirer les premières hypothèses. Je comprends que ton approche n'est pas celle-là et mieux vaut utiliser une sensibilité d'urbaniste, proche des terrains et des réalités urbaines que de faire du faux académique, d'ailleurs peu pertinent au niveau de généralité que tu envisages.
L'idée qui est la tienne (pas seulement d'ailleurs) est stimulante. Quels processus, mécanismes, logiques, permanentes (universelles ?) se cachent derrière les formes urbaines que nous observons aujourd'hui et qui résultent du jeu complexe des dits processus, mécanisme, etc. La réponse que tu donnes se fonde sur une sorte de théorie de la société urbaine. La grande culture qui est la tienne transparaît bien dans cette théorisation.
Le choix d'appliquer l'approche aux réseaux de voirie se justifie à mon sens assez bien. Nous avons déjà eu l'occasion d'échanger là-dessus à propos de Morpho-City.
 Donc normalement, tout va bien pour satisfaire le lecteur.
Il reste cependant, à mon avis, un problème qui nous ramène quand même, volens nolens, aux règles académiques. Tu n'est pas le seul à t'être posé les questions ci-dessus. Ceux qui l'ont fait en essayant de démontrer la pertinence des réponses qu'ils proposaient se sont plutôt "cassé le nez". On peut comprendre pourquoi. Ce n'est pas ton cas puisque tu ne cherches pas à apporter une démonstration statistique de ce que tu avances. En gros, le lecteur te fera confiance et tu mets même sur la table quelques cas illustratifs.
Alors, l'académique que je suis (on ne se refait pas) aurait bien envie de confronter Clément-Noël Douady et des gens ... qui se sont "cassé le nez", qu'il s'agisse du domaine de l'urbanisme ou de celui  l'architecture. Mais comment faire cette confrontation si les approches différent tellement que vous êtes dans des univers différents...Or, hélas, j'ai le sentiment que c'est bien le cas.
Gabriel Dupuy - déc. 16 (sur l'ouvrage paru)
Je tenais à te remercier pour l'envoi de ton livre "La ville comme processus" dont je viens d'achever la lecture. Le cas de Brive est particulièrement stimulant.

Jean-Pierre Frey - 29 nov. 16 (avant parution)
 
... le rapport [éventuel] entre complexité des processus et simplicité d’une explication globale mérite sans doute qu’on y revienne ...
... prise de position qui m’a toujours laissé rêveur.
15 dec. 16 - Merci pour ton dernier ouvrage dont je compte bien qu’il stimulera ma réflexion sur le sujet qui nous préoccupe.

Alexandra Chararria - 6 dec. 16
 
Federico Giaicomello va faire la recension pour PCA (revue dont je suis editeur) vous l'avez deja contacté ; j'aimerais bien aussi avoir un exemplaire et essayerai de publier la recension dans la revue Archeologia dell'Architettura.

Sandra Bélanger pour Caroline Desbiens - 6 dec. 16
 
Les Cahiers de géographie du Québec seraient heureux d’en recevoir un exemplaire qui sera soumis à un lecteur compétent dont le compte rendu sera publié dans notre revue.

Maurizio Gribaudi - 7 dec. 16
 
Super Clément-Noël ! Je veux bien avoir un exemplaire de votre dernier livre pour lequel on pourrait penser à nouveau à une présentation dans le cadre de nos séminaires. Qu'en dis-tu ?

Jacques Attali - 7 dec. 16
 
Je suis un peu honteux de ne rien avoir écrit au sujet de ton précédent livre. Mais je considère toujours avec grand intérêt tes études morphologiques dont je soutiens entièrement le principe... je veux bien recevoir un exemplaire de ton nouvel ouvrage ! J'esaaierai de commenter, cette fois.

Chantal Lascurettes - 8 déc. 16 (oralement) 
Ma fille fait des étude de Géographie ; quand elle a vu le livre elle s'est écriée "c'est pour moi !" et l'a emporté dans sa chambre.

Laurent Beauguitte - 14 dec. 16
 
je serais ravi de recevoir l'ouvrage, ayant beaucoup apprécié le précédent

Pierre Clément - 15 dec. 16
 
Merci cher ami pour l'envoi de ton livre je vais m'y plonger avec grand intérêt à bientôt

Ryma Hachi - 16 dec. 16
 
Un grand merci pour le livre que j'ai reçu hier, et pour votre dédicace. Je commence le compte-rendu fin Décembre [voir le recensement ci-dessous]

Christophe Goupil  

J'ai vu le thésard de Stéphane et je lui ai parlé des modulations incommensurables en cristallographie,
et la possibilité d'en rendre compte par l'introduction d'une 3 ème dimension dans le plan de la ville.

Estelle Beauchemin-Glachant - 23 dec. 16
 
Commentaires de Simeon, 13 ans, en le feuilletant : "ouaaah !... C'est classe comme bouquin..."

Serge Salat - 25 dec . 16
J’ai bien reçu l’ouvrage. Il est très intéressant comme les précédents et tout à fait en résonance avec mes préoccupations et intérêts morphologiques. Je vais le lire avec le plus grand intérêt entre Noël et le jour de l’an.

Daniel Naudex - 1 janv.17

Ton livre expose beaucoup d’observations très pertinentes !

Nora Douady - 2 janv. 17
J'ai fini de lire ton livre !!! J'ai beaucoup aimé le point de vue presque "satellitaire" analysant de haut la forme des créations de ces petites fourmis humaines en tentant d'en dégager une rationnalité !

Claire Lagesse - 6 janv. 17
J'ai bien reçu ton livre, merci beaucoup.
Je vais m'y plonger et te ferai un retour, comme promis.

Louis-Pierre Grosbois - 17 janvier 17
L’Essai « La Ville comme Processus » s’aborde facilement puisque dès le début l’auteur choisit de dé-complexifier les composantes du processus, non pas pour les oublier mais en annonçant : « elles seront éclairées par une étude plus détaillée ».
Ceci permet de proposer, des modélisations planes à l’aide de points (noyaux) traits (voies) et quadrillages (trames). Le parcours de lecture est aisé et la compréhension facilitée par le face à face du double langage (écrit/dessiné) en s’appuyant sur de nombreux exemples de villes pris aussi bien en France qu’en Chine.
Le parcours de lecture se densifie avec les chapitres consacrés aux facteurs géographiques et humains.
L’auteur nous rappelle la diversité des fondements (espace planétaire, orientation cardinale, pesanteur), le développement du socle, de la vie végétale et animale, l’impact de la vie sociale du groupe. Il termine par le rôle de la symbolique de ces mêmes fondements dans le choix des réalisations pour l’orientation, les voies, les remparts etc. Cette symbolique qui souvent s’oppose aux arguments rationnels est définie comme « organique » par l’auteur quand elle qualifie un noyau et une orientation (Chandigarh), des voies (Paris), un groupe social (Xian) etc.
A la fin de ces deux chapitres on aimerait arrêter la lecture, un moment, pour réfléchir avec l’auteur sur ce concept « d’organique » dans le processus de la ville :
 - Est-il lié à la complexité, à la diversité ou à l’identité (allusion à la citation : « le vieux Paris…le cœur d’un mortel ») ?
 - Est-il celui qui brise ou colore la régularité et l’universalité ?
- Pourrait-on poser que l’accumulation de niveaux signifiants pour décrire la ville amenant à la qualification « organique » traduit en fait une propriété émergente, originale, forcément différente de la simple somme des propriétés sous jacentes ?
Des éléments de réponse pourraient venir de l’étude plus détaillée annoncée au début.
Merci Clément-Noël d’avoir approfondi et renouvelé nos savoirs sur les fondements de la ville. Ainsi nous pouvons engager sous un angle nouveau, un questionnement plus pertinent de la structure des villes.

Michèle Descolonges - 16 févier 2017
Bonsoir Clément-Noël,
Comme je te l'annonçais, j'ai écrit une note de lecture sur La ville comme processus. Cela paraîtra dans le prochain numéro d'Écologie & Politique, en avril.
Dès que le secrétaire de rédaction l'aura mise au format de la revue je pourrais te l'envoyer.
Bien amicalement
Michèle

Lena Sanders - 8 mars 2017

Cher Clément-Noël,
Pardonnez-moi d'avoir été si lente à vous remercier pour votre beau livre, "La ville comme processus"!!
Il est tout à fait passionnant et se lit comme un roman
et il me tire du côté des tissus urbains que je connais finalement (trop) peu (ayant davantage travaillé sur ceux qui peuplaient les villes).
J'ai une doctorante, Ryma Hachi, qui est très enthousiaste et a proposé un CR de votre livre à la revue Mappemonde.
Un grand merci pour cette lecture stimulante!
Bien cordialement,
Lena Sanders

Christophe Goupil - 21 juillet 2017
Cher Clément
Merci pour ton message; oui effectivement, en lisant ton ouvrage il apparaît que la structure des villes semble à la fois répondre à une double symétrie 4, de base quadrilatère, et polaire.

Plutôt que polaire, je dirais plutôt une symétrie 3, c'est à dire triangle. Cette symétrie 3 se caractérise par des axes à 120 degrés rayonnant depuis le centre. Si on imagine une naissance de ville, on peut parfaitement comprendre que le premier réseau urbain est celui qui se se dirige vers les villes plus éloignées. Si on ajoute que faire une route est onéreux, on peut comprendre que le réseau le plus simple pour faire l'évacuation hors de la cité, soit trois grands axes à 120° les-uns des autres. Ces trois axes sont la façon la plus efficace pour couvrir au mieux toutes les directions rayonnant depuis le centre vile, tout en minimisant le nombre de routes. On trouve alors un symétrie 3 assez naturelle. celle-ci se poursuit tant qu'elle le peut, puis les habitations peuplant les bordures des axes, la forme carré des maisons impose le greffage d'une structure de symétrie 4 sur un réseau initialement se symétrie 3. Les deux symétries que tu cites sont alors présentes.
Amitiés
Christophe


PREMIÈRES RECENSIONS

Revue Écologie et Politique - n° 54 - avril 2017

Clément-Noël Douady,
La ville comme processus. Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ?
Essai, L’Harmattan, Paris, 2016
Note de lecture par Michèle Descolonges (sociologue)

Peut-on rendre compte des dynamiques urbaines par la modélisation ? Tel pourrait être un second sous-titre de l’ouvrage que nous offre Clément-Noël Douady, qui entreprend d’énoncer les paramètres majeurs dont pourrait tenir compte une modélisation. Il annonce limiter son ambition à l’étude du réseau des rues, mais il entreprend de fait un repérage qui va bien au-delà. Il dispose en ce domaine d’une longue pratique d’urbaniste qui l’a conduit principalement en France et en Chine.
C’est a posteriori que nous observons le « perpétuel mouvement » de la ville, expose un premier chapitre, intitulé « Préliminaires ». Pourtant un processus est à l’œuvre, organisateur dans la durée des voies de liaison, répondant selon l’auteur à une « géométrie triangulée », de l’utilisation du site, quadrillé de rues se croisant, que l’on observe dès l’Antiquité, des enclosures, c’est-à-dire de ce qui organise l’intérieur et l’extérieur de la ville. Un premier point à noter est que « ces éléments se retrouvent dans de nombreux plans de ville à travers le monde », et à travers l’histoire, en dépit des contextes culturels et sociaux. À l’appui, des schémas de « ville quadrillée » nous sont proposés. On notera la photo d’une reconstitution du plan parfaitement circulaire de la ville mésopotamienne de Mari, la cité-État datant d’environ 2 900 ans avant notre ère, à l’intérieur de laquelle un quadrillage peut être observé. Le voisinage d’avec la vue aérienne de la ville de Bram, située dans l’Aude, témoigne de l’existence d’une « circulade » médiévale.
Les « composantes du processus » présentées au deuxième chapitre montrent les emboîtements entre des noyaux urbains, constitutifs des villes, des voies de liaison et des réseaux, qu’il est possible de schématiser par « le point, la ligne et le réseau » et d’en montrer la continuité. La notion d’enclosure souligne la dynamique de la protection et de la vulnérabilité, se calque sur la ville et la campagne, désigne schématiquement ceux que l’on protège, ceux que l’on délaisse. Ici, l’introduction de la notion de « pouvoir » serait sans doute utile. Il est évidemment intéressant de rendre compte, comme l’a réalisé le sociologue américain Mike Davis dans ses travaux sur la ville de Los Angeles, des évolutions du phénomène de l’enclosure et des rapports de forces qui les génèrent : villes vidées de leur centre, délaissées aux plus pauvres, et reconstitution de gate-cities. En retour, quels en sont les effets sur les voies de liaison, sur leur contrôle ? Est-ce la « complémentarité » qui guide la répartition des implantations à l’intérieur ou à l’extérieur de l’enceinte, comme tend à le montrer un ancien document de la ville de Xi’an (Chine), présenté dans l’ouvrage ? Et que penser de la localisation de ces enclosures que sont les prisons, les camps de réfugiés et les camps d’internement, les espaces et structures d’enfermement qui, tout à la fois, excluent et sont censés protéger ? Et, finalement, qui et qu’est-ce qui est exclu, qui et qu’est-ce qui est inclus ?
Les deux chapitres suivants, respectivement intitulés « Facteurs géographiques » et « Facteurs humains », visent à montrer l’enrichissement de la trame de base (noyaux urbains, voies de liaison, réseaux locaux discordants) par des « dynamiques complémentaires ». Ce sont notamment celles du site et des possibilités de protection naturelle, comme à Avignon, installée dans un coude du Rhône, ou à Carcassonne, dont la citadelle construite sur une éminence est préservée grâce à l’absence de construction sur les pentes. L’exemple des villes de vallée, présenté ici grâce à des vues aériennes de Chengde (Chine) et de Tulle (Corrèze), indique la prééminence de la nature du site sur le statut des inspirateurs.
Il est bien difficile de répondre à la question, posée sous l’énoncé « Motivations » : « Mot de la famille de moteur, qui met en mouvement (à source d’énergie). Quelles sont donc ces forces qui poussent les humains à agir sur le territoire, s’y déplacer, s’y incruster, s’y enfermer ? À en exploiter les surfaces pour y cultiver, y construire ? Se combattre et se protéger ? » Le thème des limites ou frontières se dessine davantage dans ce chapitre, offrant, me semble-t-il, une lecture de l’ouvrage dans son ensemble. Ce sont bien les logiques de protection des humains qui prédominent dans les choix opérés en matière de création de noyaux urbains. Protections édifiées contre les intempéries, les climats, les possibles prédateurs, les manières de faire des humains sont égrenées par Clément-Noël Douady. Que l’enclosure réponde aux dangers du moment, ou qu’elle soit la composante d’un groupe constitué, comme le furent les légions romaines, le moment où elle est saisie ne préjuge pas totalement de son avenir et dit peu de son passé. L’auteur écrit joliment à ce sujet : « Un coup de zoom arrière, et tout se transforme : les rues de Milet et de Manhattan conduisent à la mer ; Pékin s’arrondit ; Richelieu se dilue dans la campagne, Brasilia s’émiette… Un coup de zoom plus avant, et la vie reprend ses droits : à Kyoto on peut se glisser dans les ruelles ; dans le vieux Xi’an remarquer des clans organiques dans chaque maille ; au cœur de Chandigarh découvrir deux anciennes cités emboîtées, l’une carrée et cardinale, l’autre arrondie. »
Avec cet ouvrage, nous sommes très éloignés de la patiente, parfois modeste quant à ses sources et cependant riche et pionnière Histoire de la France urbaine dirigée par Georges Duby à la fin des années 1970. Loin de sa mise en perspective de l’histoire urbaine par rapport à l’histoire rurale, loin aussi d’un retour sur les notions de progrès et de liberté dont les villes, à la différence des campagnes, seraient porteuses. Au fil des cinq volumes, les auteurs montraient que l’urbain n’était pas réductible aux seuls facteurs économiques, et que l’actualité des aménagements urbains des années 1970 méritait d’être éclairée par le temps long des groupes humains.
Peut-être est-ce là la rançon de l’intention modélisatrice ? Les dynamiques urbaines sont réduites dans la ville comme processus à des régularités morphologiques observables dans le temps et dans l’espace. Dès lors, peut-on parler de « dynamique » ? Cependant, en introduisant (dans le chapitre « Croissance et avatars ») la notion d’« impermanence », autrement dit d’instabilité, puisée dans son expérience chinoise, l’auteur témoigne, par une écriture interstitielle, que l’analyse ne peut faire fi d’un recours à des notions élaborées par de nombreuses disciplines. Ce qui élargit singulièrement le champ des « régularités ». Un travail interdisciplinaire, en somme, peut-être représentatif d’une nouvelle écologie urbaine, qui mobilise des techniques du numérique et les articule parfois difficilement avec la parole.
Michèle Descolonges


Revue M@PPEMONDE - Numero 121 Juillet 2017

LA VILLE COMME PROCESSUS.
Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ?
Recension par RYMA HACHI - juin 2017 
 

Clément-Noël Douady, urbaniste et architecte, est l’auteur de Lire la ville chinoise, paru en 2011 chez L’Harmattan. Il a également co-écrit avec l’équipe Morphocity  De la trace à la trame, paru en 2014 (cf. M@ppemonde) . Il opte cette fois-ci pour un essai, La ville comme processus - Derrière la forme urbaine, quelles dynamiques ? qu’il publie fin 2016 également aux éditions L’Harmattan.
Cet essai a un double ancrage. D’une part, il s’inscrit dans la catégorie des ouvrages illustrés traitant de la morphologie urbaine (Allain, 2004 ; Bernard, 1990 ; Caniggia, 1994), qui présentent à travers des schémas et des plans de ville les composantes de la forme urbaine, y compris à l’échelle très fine du tissu urbain.
D’autre part, le texte entend décrire les dynamiques urbaines et leur manifestation dans la forme urbaine. Ces dynamiques sont le fruit de plusieurs facteurs tels que l’évolution des besoins humains et sociétaux, les contraintes géographiques, les inventions techniques, etc.
Ce lien entre dynamiques et formes urbaines a depuis longtemps intéressé les géographes (Pumain et al., 1984 ; Pumain, 2006). Le sujet connaît aujourd’hui un regain d’intérêt, notamment grâce à la modélisation informatique (Louail, 2010 ; Moreno, 2009 ; Camacho-Hübner, 2009).
Néanmoins, en abordant la question de la forme urbaine, ces études se cantonnent souvent à l’échelle méso-géographique, sans aborder celle du tissu urbain : rues, places, iparcelles…
L’originalité de cet essai est donc d’utiliser les codes (schémas, plans…) et l’échelle des analyses morphologiques (échelle du tissu notamment), dans le but d’explorer le lien entre dynamiques urbaines et forme matérielle de la ville.
Lorsqu’il parle de la forme urbaine, l’auteur se focalise plus particulièrement sur celle du réseau de rues. Il s’expose ainsi à des critiques sur le caractère restrictif de son choix, mais désamorce cela rapidement en expliquant que son objectif n’est pas d’appréhender la ville dans toute sa complexité. Il entend plutôt proposer une première modélisation, très restrictive certes, mais requise selon lui avant l’introduction d’autres paramètres.
De plus, l’auteur introduit par endroits d’autres objets (enclosures, parcellaire, métro…) et couvre une large gamme d’échelles spatiales (allant de la parcelle à l’échelle de l’Europe), ce qui donne à son propos un caractère très englobant.
Enfin, l’auteur envisage son ouvrage comme un recueil de pistes pouvant permettre à un modélisateur (dans le sens informatique du terme) de se saisir du défi que constitue la modélisation de la croissance urbaine.
L’ouvrage est divisé en six chapitres. En introduction, l’auteur explique son choix de rédiger un essai, format qui lui permet de mettre en exergue les réalités urbaines, en tant que professionnel de l’urbanisme actif sur le terrain. Il expose ensuite ses objectifs et énonce un ensemble de précautions et de réserves que requiert son entreprise, réserves qu’il lèvera au fil des chapitres.
Dans le chapitre 1, l’auteur explique que malgré la complexité du fait urbain, l’observation d’un grand nombre de plans de villes laisse entrevoir des éléments reconnaissables. Ces éléments laissent supposer que le processus de croissance urbaine est régi par quelques lois simples et assez générales, qu’il entend, en partie, révéler.
Il commence par décrire, en chapitre 2, les composantes de base du processus de croissance urbaine (répartition de noyaux urbains ; voies de liaison ; réseau local), et les premiers niveaux de complexité qui en découlent.
Dans les chapitres 3 et 4, l’auteur introduit les facteurs géographiques et humains qui viennent interférer avec ce processus de base. Il tente d’être exhaustif en énumérant un grand nombre de cas de figure possibles (selon diverses natures de site, types de gouvernance…).
Dans le chapitre 5, l’auteur fait évoluer ces facteurs dans le temps (évolution technique, rupture de gouvernance…). Il introduit donc des dynamiques urbaines et décrit leur impact sur la forme matérielle de la ville, plus particulièrement sur le réseau de rues. Il illustre enfin son propos par un cas concret, celui de Brive-la-Gaillarde, en chapitre 6.
L’auteur conclut en rappelant que la complexité du fait urbain, qu’il n’a pas tenté de taire à travers son ouvrage, ne doit pas empêcher sa modélisation. En effet, l’objectif d’un modèle n’est pas de reproduire dans le détail toutes les villes du monde, mais plutôt, et c’est ce que l’ouvrage tente d’esquisser, « d’illustrer l’interaction de quelques mécanismes élémentaires repérés dans le processus de développement urbain, et de confronter les images obtenues avec des évolutions urbaines constatées dans la réalité » (p. 119).
Très illustré, l’ouvrage s’adresse facilement à un public d’architectes ou d’urbanistes, mais aussi de géographes. Le style très pédagogique et peu jargonnant peut également convenir à des étudiants ou à un public de non spécialistes.
Les illustrations, très variées, sont localisées à chaque fin de chapitre. Vu la concision des chapitres, cela ne gène pas particulièrement la lecture, mais un renvoi dans le corps du texte à certaines figures aurait été apprécié.
Ces illustrations recouvrent une large échelle spatiale et temporelle ; on passe des enclosures historiques de Pékin (p. 94) au réseau de voies principales à l’échelle européenne (p. 31). Malgré cette diversité, force est de constater que les exemples traités sont en grande majorité français ou chinois. Des références à d’autres contextes auraient sans doute enrichi le caractère englobant de l’ouvrage.
En conclusion, cet essai a le grand mérite de regrouper un grand nombre de connaissances tacites sur les processus de croissance urbaine. Il a également pour intérêt de mettre ces connaissances en regard avec des phénomènes très actuels, tels que celui des gated communities ou des méga-cités. L’auteur ouvre ainsi de nombreuses perspectives de recherche, tant sur les évolutions urbaines passées que sur celles à venir.

Bibliographie
Allain R. (2004). Morphologie urbaine. Géographie, aménagement et architecture de la ville. Paris : Armand Colin, p. 9-92.
 
Camacho-Hübner E. (2009). Traduction des opérations de l’analyse historique dans le langage conceptuel des systèmes d’information géographique pour une exploration des processus morphologiques de la ville et du territoire. École Polytechnique Fédérale de Lausanne. Thèse de doctorat. En ligne
 
Caniggia G. (1994). Lecture de Florence. Bruxelles : Institut Supérieur d’Architecture Saint-Luc, 142 p.
 
Lepetit B.. (1990). « Pierre Merlin (éd.), Morphologie urbaine et parcellaire, Formes urbaines, villes en parallèle ». Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 45, n°2, p. 469-470.
 
Louail T. (2010). Comparer les morphogénèses urbaines en Europe et aux États-Unis par la simulation à base d’agents. Approches multi-niveaux et environnements de simulation spatiale. Thèse de doctorat. Université d’Évry-Val-d’Essonne.  En ligne
 
Moreno Sierra D.L. (2009). Une approche réseau pour l’intégration de la morphologie urbaine dans la modélisation spatiale individu-centrée. Thèse de doctorat. Université de Pau et des Pays de l’Adour.
 
Pumain D. (2006). « Systèmes de villes et niveaux d’organisation ». In P. Bourgine, A. Lesne. Morphogenèse. L’origine des formes, Paris : Belin, p. 239-263. <halshs-00145939>
 
Pumain D., Saint-Julien T., Sanders L. (1984). « Vers une modélisation de la dynamique intra-urbaine ». L’Espace géographique, vol. 13, n°2, p. 125‑135. En ligne

Livre : LA VILLE COMME PROCESSUS

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