ancetres

La galerie des ancêtres

Madame Briffaut (née Maelrond)

Leconte de la Dabinerie,

chef de bataillon pensionné

 

Le petit Georges (mort jeune ?)

Ce pauvre Adrien Taillarda, lieutenant des gardes du Roi, démissionnaire par amour

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A la recherche des racines

La référence aux aïeux paraît chez nous l'apanage des aristocrates ou des snobs (sine nobilitate : sans noblesse, mais cherchant à s'y glisser). D'autres civilisations y attachent une importance plus sincère : ainsi de ce peuple qui mangeait le cerveau des ancêtres décédés pour hériter de leurs vertus. Sans aller jusque là, on peut rechercher en soi-même la place qu'y occupent ceux dont nous descendons, pour ce que nous en savons.

C'est assez jeune que j'avais commencé cette quête, à la recherche de l'ancêtre arabe qui aurait expliqué à la fois un teint mat et un nom (Douady) que l'on trouve aussi outre Méditerranée.

"Ainsi tu aurais préféré être arabe ?",

s'était étonné mon grand-père Jules, qui se savait natif de Touraine.

Et de fait, au delà de lui, j'ai pu remonter en ligne directe jusqu'à un François Douady (Douadic), marié vers 1700 à une Marie Dubois : on n'oserait pas l'inventer. Pour l'arabe, je dois chercher ailleurs, dans le millier d'autres ancêtres de cette même génération, ou peut-être dans quelque apport officieux, l'état civil n'étant pas toujours informé du secret des alcôves (ce qui, à défaut du nom, expliquerait au moins le faciès délictueux).

Touraine

J'ai découvert en revanche la trace d'une longue fidélité au sud de la Touraine (qui est aussi le berceau de Descartes), et quelques personnages de légende (plutôt cousins qu'ascendants directs), comme ce :

"Douady traîne-bâton, meneur de loups",

dont la spécialité devenue légendaire était, lorsque le village de Chambon était menacé par une horde, de traverser la forêt en traînant son bâton parmi les feuilles mortes, suivi par les loups peut-être à la fois intrigués, alléchés et sur leurs gardes. De l'autre côté de la forêt, il levait son bâton et rentrait au village, laissant aux "voisins" du Berry ce cadeau empoisonné ; ou encore :

"Douady -Tourangeau la fidélité",

jeune charpentier parti pour son tour de France et dont la trace s'est perdue dans la région de Marseille.

Ou enfin cet aïeul direct dont j'ai entendu dire, par un cafetier prolixe, qu'il avait :

"graissé l'axe de la terre, et vu fleurir deux fois l'aloès, qui ne fleurit que tous les cent ans",

confirmant ainsi une énigmatique saga familiale.

Pour le reste, c'est à dire selon les données plus factuelles consignées par l'état civil, cette branche tourangelle était restée longtemps attachée à diverses terres qu'elle ne possédait pas, avant de devenir de père en fils "maréchal", mais sans bâton cette fois : simple forgeron de village (maréchal ferrant).

Jusqu'au jour où l'école de Jules Ferry, distinguant Jules de son père qui signait encore d'une croix, le fit monter à Paris pour des études enfin sérieuses qui le conduisirent curieusement à présider l'agrégation d'anglais, à laquelle rien dans l'histoire familiale ne le prédestinait. Il y eut quelque mérite, et je peux m'imaginer son étonnement de ma recherche arabe.

Sologne

Une autre branche (Taillarda) vient de la Sologne voisine : hobereaux dont j'ai du mal à m'imaginer l'emploi du temps, malgré les portraits parvenus jusqu'à nous, avec quelques livres anciens d'un intérêt inégal.

. . . . . . . . .

Basses Alpes

Une troisième branche (Tron) vient des Basses Alpes - rebaptisées Alpes de Haute Provence -, avec un instituteur croyant en butte à une municipalité dogmatique, et dont la fille devint une autre angliciste, d'où mariage.

Corrèze

De Corrèze enfin, on ne remonte qu'au second lit d'un certain Perrier (mort en 1824),

"dit Barbe de Toile, fermier aux Treize Vents, près de Tulle " ;

je n'en sais rien d'autre, mais cet énoncé me ravit, plus encore que de savoir que le lycée de Tulle a pris le nom de son descendant Edmond Perrier, le naturaliste.

On n'hérite pas impunément de tels mythes, d'autant que notre mère Guilhen, au détour d'une phrase, a indiqué qu'elle disposait du "mauvais oeil". Il ne m'en faut pas plus pour m'imaginer que deux ou trois personnes, à qui j'ai eu quelque raison d'en vouloir, n'ont péri d'un cancer que par distraction rancunière de ma part. J'ai un jour, à titre de vérification, regardé fixement mais d'un peu loin, dans un parc public, la nuque de deux hommes qui discutaient tranquillement accoudés à une balustrade en me tournant le dos : bientôt ils s'agitèrent, comme agacés par quelque gêne intérieure, puis s'en furent sans trop s'attarder. Mais une ou deux autres personnes, que j'ai vouées aux gémonies depuis lors, semblent ne pas s'en porter plus mal, alors que des personnes chères ont disparu à leur tour : tout ceci n'est donc - rassurons nous - que pur hasard.

Branches d'aujourd'hui

Plus sérieux est peut-être le sentiment de familiarité avec des domaines qui m'échappent pourtant, sentiment que je ne dois qu'à la compétence de mes proches, comme la biologie végétale pour mon épouse, les mathématiques par mon frère ou ses enfants, ou encore la physique par mon fils et la peinture par ma fille (après ma mère). Plus sérieux mais aussi plus dangereux, si j'en viens à me croire quelque compétence par procuration, comme dans mon enfance lorsqu'on me faisait asseoir sur un dictionnaire pour me hisser à hauteur de table, en m'assurant que la science allait me gagner par ce fondement.

Il n'est pas jusqu'à la présence fortuite d'une Françoise Choay encore adolescente, venue passer quelques sombres années de guerre dans notre hameau de Corrèze (alors que j'étais tout gamin et n'en ai pas souvenir), qui ne me donne l'illusion d'un accès privilégié à ses recherches ; pourtant j'avais lu ses "utopies et réalités" avant de faire le rapprochement, et j'ai largement décroché de la suite (m'en remettant peut-être à quelque transmission magique par le terroir ?).

 
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