Un texte ancien, le Kaogongji, prescrit en Chine le mode de création d'une capitale 建國 jian guo (instituer État) : Il s'agit, sur un terrain plat, de tracer un carré de
près de 5 Km de côté orienté selon les
directions cardinales, avec trois portes sur chaque coté et
à l'intérieur neuf voies dans chacune des deux directions
nord-sud et est-ouest. Au centre se trouve le palais du souverain, avec
le marché sous son contrôle direct. De fait plusieurs des
anciennes capitales, et notamment Pékin jusqu'à la fin de
la dernière dynastie, celle des Qing, présentaient un
plan reflétant plus ou moins ces dispositions.
Mais ce texte du Kaogongji est abusivement décrit comme prescrivant la forme à respecter par toute ville chinoise
; bien des villes qui n'ont pas eu le rôle de capitale, et
notamment dans le sud de la Chine, n'ont pas dès l'origine cette
forme régulière, mais une forme plus organique tenant
compte de la topographie et de la présence de l'eau, avec une
enceinte de forme plus ou moins circulaire, voire très
irrégulière selon les données locales. C'est
notamment le cas de l'ancienne ville chinoise de Shanghai, avant
l'ouverture aux étrangers, et des trois bourgs anciens de
Wuchang, Hanyang et Hankou qui constituent le Wuhan d'aujourd'hui.
Dans certains cas, les deux logiques peuvent se combiner selon
le terrain, l'histoire et les fonctions urbaines ou architecturales. On
le voit par exemple dans des cas de prolifération peu
contrôlée à partir d'une trame urbaine
régulière, comme naguère à Xi'an, ou au
contraire par grands tracés orthogonaux venant se superposer
à des quartiers antérieurs de forme
irrégulière, préparant peut-être une
rénovation encore plus radicale. Ainsi se met en oeuvre, par la
"mise au carré" des anciennes particularités urbaines,
une banalisation générale dont chacun regrette par
ailleurs les effets.