Un peu de polémique
sur certains aspects de l'urbanisme contemporain


LE KAOGONGJI SUR LE TERRAIN 

les ravages d'un mythe auto-réalisateur


Un texte ancien, le Kaogongji, prescrit en Chine le mode de création d'une capitale 建國 jian guo (instituer État) : Il s'agit, sur un terrain plat, de tracer un carré de près de 5 Km de côté orienté selon les directions cardinales, avec trois portes sur chaque coté et à l'intérieur neuf voies dans chacune des deux directions nord-sud et est-ouest. Au centre se trouve le palais du souverain, avec le marché sous son contrôle direct. De fait plusieurs des anciennes capitales, et notamment Pékin jusqu'à la fin de la dernière dynastie, celle des Qing, présentaient un plan reflétant plus ou moins ces dispositions.
Mais ce texte du Kaogongji est abusivement décrit comme prescrivant la forme à respecter par toute ville chinoise ; bien des villes qui n'ont pas eu le rôle de capitale, et notamment dans le sud de la Chine, n'ont pas dès l'origine cette forme régulière, mais une forme plus organique tenant compte de la topographie et de la présence de l'eau, avec une enceinte de forme plus ou moins circulaire, voire très irrégulière selon les données locales. C'est notamment le cas de l'ancienne ville chinoise de Shanghai, avant l'ouverture aux étrangers, et des trois bourgs anciens de Wuchang, Hanyang et Hankou qui constituent le Wuhan d'aujourd'hui.

Dans certains cas, les deux logiques peuvent se combiner selon le terrain, l'histoire et les fonctions urbaines ou architecturales. On le voit par exemple dans des cas de prolifération peu contrôlée à partir d'une trame urbaine régulière, comme naguère à Xi'an, ou au contraire par grands tracés orthogonaux venant se superposer à des quartiers antérieurs de forme irrégulière, préparant peut-être une rénovation encore plus radicale. Ainsi se met en oeuvre, par la "mise au carré" des anciennes particularités urbaines, une banalisation générale dont chacun regrette par ailleurs les effets.

     

  Kaogongji : plan carré, voies orthogonales       Ancienne ville chinoise de Shanghai : enceinte arrondie
          (prescriptions pour une capitale)              
schéma (Shanghai étant alors une petite "ville d'eau" du sud)




A gauche : plan hérité du passé, de forme organique              A droite : la "mise au carré" en cours        




L'ambiance des rues au centre-ville : AVANT... et APRES ; un changement d'esprit, d'échelle et de géométrie


   
Aucun des 3 anciens bourgs de Wuhan                          Hanyang (Wuhan) : à la trame organique ancienne
n'avait à l'origne une enceinte carrée,                               se superpose désormais une voirie orthogonale NS-EW
ni une trame de voirie vraiment régulière                         sur laquelle viennent s'aligner les nouveaux bâtiments
Discussion avec les étudiants chinois de Wuhan :
 
Première déclaration de leur part : "les villes chinoises sont de forme carrée !..."
Déclaration ultérieure : "les villes chinoises perdent leur personnalité, quel dommage..."

A la recherche des fondements

Plan régulier

Le Kaogongji, qui institue une hiérarchie spatiale détaillée entre les hauteurs de murs ou les largeurs de voie, évoque la hiérarchie sociale préconisée par  Confucius (souverain/peuple, père/fils...).
Le caractère régulier du plan orthogonal peut se lire dans le même esprit : en français le mot "régulier" est de la même famille étymologique que "roi" (Cf le mot "régalien", lié à la souveraineté).

Plan organique
Le plan organique, qui s'adapte aux particularités du terrain, évoque de son côté l'idée d'une "fusion avec la nature", caractéristique du Taoïsme. (cf. Zhuangzi se rêvant papillon, ou encore chez Sudongpo : "il ne voit plus son corps, son corps devenu bambou...")

Quel système de référence ?
Le plan régulier suit des références cosmiques : le sud et autres points cardinaux (les quatre orients"). Conçu pour un terrain plat,  il évite toute particularité locale et, lorsqu'il rencontre un mouvement de terrain, 不行 bu xing (ça ne marche plus).
 
Le plan organique, au contraire, s'adapte aux particularités locales et s'enferme dans une courbe de longueur minimum.

On sait par ailleurs que les Han ont de préférence conquis les plaines, repoussant dans les montagnes les ethnies minoritaires rétives à l'intégration. Peut-on faire un rapprochement ??

Kaogongji : extraits et remarques
 
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