DESSINER !
Message aux étudiants avant notre premier voyage en chine - 1994


En urbanisme, dessiner c'est la porte… qui ouvre à la fois  sur l'espace et sur le projet.
C'est d'abord regarder, penser l'espace.
C'est ensuite l'exprimer, tel qu'on le voit aujourd'hui ou demain, par ses yeux ou dans sa tête
C'est faire voir à autrui ce qu'on a vu ou ce qu'on a pensé.
Types de dessin
Dessin-note, comme on prend des notes pendant un exposé ou en voyage.
Dessin- ambiance : rythme, contraste des traits et des formes, ombres et lumières et leur "contenu" : des êtres, un cadre de vie, nature et ville…

"Genre" du Dessin : technique, anecdotique, d'humour, de tendresse, satyrique…
Dessin idée, en quelques traits (structure, contrastes, mouvements, densités…)
Résumé d'une analyse ou d'une proposition (le "parti").

Esquisse : seules les grandes lignes sont mises en place, le reste laissé à l'imagination
Dessin élaboré, description ou projet auquel "ne manque aucun bouton de guêtre",
ou semi-élaboré, les parties significatives poussées jusqu'au détail             laissant deviner le reste, seulement esquissé.

Dessins et textes voisins ou mélangés : les uns donnent à voir, les autres à comprendre.

Plans, élévations, coupes ; perspectives (axonométrique, fuyante, cavalière, plongeante, contre plongée…) ;
plan à façades rabattues ; panorama, zoom, story-board…  Multiplication des "points de vue", des "regards".
Multiplication des échelles : du territoire au  bouton de porte, multiplier et savoir reconnaître les échelles complémentaires.
Projets spatiaux à terme (avec ou sans "fond de plan") ; phasage ; plans thématiques et sectoriels ; schémas stratégiques : reflets de l'évolution de la pensée en urbanisme
Le parcours :    
Chez celui qui dessine : l'oeil qui observe (ou a observé), la tête, la main (contôlée par l'oeil et la tête).
Chez les autres : L'oeil (qui regarde le dessin), la tête (qui interprète, compare avec ce qu'elle a     déjà vu, et réagit en raison ou en sentiment).

Passer derrière le miroir

"Oh moi, je ne sais pas dessiner…" ("je ne comprends rien aux mathématiques", etc.)
S'exclure soi-même du dessin, ou y entrer ?

Entre ceux qui "savent dessiner" et ceux qui croient ne pas savoir, une seule différence : les premiers ont beaucoup dessiné ; et une seule difficulté : s'y mettre.

Dessiner, dessiner beaucoup : n'importe quoi, n'importe quand, n'importe comment, avec n'importe quoi, sur n'importe quoi… mais dessiner.
Pour celà, au moins un petit carnet qui tient dans la poche, de préférence avec un fond dur  (support et protection) ; puis des feuilles ou un cahier plus grand, avec des pinces pour le vent. En voyage, dessiner "sur le vif" (ou au moins prendre des notes, ou savoir regarder).
Et peut-être restituer à l'étape : ne reviendra que ce qu'on aura "retenu" (et plus qu'on ne croit, au fur et à mesure que l'oeil s'exerce).

Montrer ses dessins, regarder ceux des autres : un dialogue par l'image.


DESSINER... SANS OFFENSER
(En quoi je ne suis pas tout-à-fait Charlie)
                                            Réflexions janvier 2015
Parmi tous ceux qui se disent Charlie, combien savent tenir un crayon ?
Sur un demi-siècle, j'ai pu faire plusieurs centaines de dessins, dont quelques dizaines ont été publiés ici ou là ; mais je pense qu'aucun n'a réellement offensé qui que ce soit - même si plusieurs marquaient clairement mon désaccord avec quelques responsables locaux.
Je me souviens qu'au contraire, à Cergy par exemple, un sourire éclairait soudain le visage de gens que je croisais, un dessin récent leur revenant à l'esprit ; et récemment encore une collègue m'a dit qu'une dizaine de minutes sur mon site l'avait mise de bonne humeur. Parfois aussi des messages me sont parvenus de gens qui avaient vécu ici ou là sur les lieux représentés, messages d'autant plus émus que le dessin n'étant qu'allusif, ils avaient dû puiser pour le compléter dans des souvenirs qu'ils croyaient enfouis.

Le dessin n'est pas d'abord une proclamation unilatérale, assénée par celui qui tient le crayon, mais plutôt un regard sur le monde, pour le lire et le faire voir dans sa poésie et sa diversité. Il s'agit moins de représenter que d'évoquer, d'ouvrir au rêve. Porter aussi attention aux retours de la part de ceux qui ont regardé : qui a compris quoi, ressenti quoi ? Pas plus que l'architecture, le dessin n'est à sens unique, mais peut participer à un dialogue, pourvu que celui qui dessine sache aussi écouter et comprendre.

En titrant un livre Les Dragons de Persan (2003), j'ai attiré l'attention sur la force incontrôlée qui habite les jeunes des quartiers : où en est-on aujourd'hui, quelles perspectives leur ouvre-t-on ? J'ai aussi proposé qu'on consacre à l'action sociale une part même modeste des sommes investies dans les travaux : qu'en est-il ?

Ma liberté n'implique pas d'offenser une partie de l'humanité, ni d'imposer ailleurs des valeurs supposées universelles : l'Irak et l'Afghanistan en montrent le piteux résultat, après les croisades.
La Chine m'a appris que nos évidences n'ont pas forcément cours ailleurs, et que d'autres peuvent penser sur nous comme nous nous croyons autorisés à penser sur eux ; nous imposent-ils pour autant leurs idées sur l'organisation du monde et les systèmes de valeurs ? Rien qu'en Chine, il y a peut-être autant de musulmans que de Français dans l'Hexagone.

Certains m'imaginent juif ou arabe, se méprenant sur un nom qui pourrait aussi bien être kabyle ; mais qu'importe ?
Je crois avoir des amis musulmans, et je les imagine offensés par les caricatures. Blessés aussi bien sûr, comme moi, par les meurtres.

Quelques réactions

De A.B. (Dakar)
Merci pour ce message sur l'altérité, la bonne perception que nous pouvons en avoir est importante pour un monde de plus en plus "décloisonné". Quand nous évoquons "ailleurs", ce n'est plus forcement la "barbarie" comme du temps de l'empire romain.
Salutations cordiales ; je ne suis pas non plus "Charlie", je ne suis pas pour autant pour la tuerie inutile.

De D.S. Paris-Corse (Liban ?)
 
merci  pour  votre  mail,  je  partage  parfaitement  votre  pensée.

De E.B. Noisy-le-Sec (du Canada)
J'ai une fois été blessée par un de vos dessins, me représentant avec un menton proéminent en pointe !
Plus sérieusement, je crois qu'il reste néanmoins essentiel que le monde soit "Charlie", non pas comme une injonction à penser exactement "comme" Charlie, mais comme une promesse d'être libre et courageux, avec le rire et l'humour, toujours.

De N.A Montpellier (Liban ?)
je suis contente d’avoir de tes nouvelles et bien d’accord avec toi.
Ci-joint le point de vue de Joe Sacco sur la question, qui m’a bien plu.
http://www.theguardian.com/world/ng-interactive/2015/jan/09/joe-sacco-on-satire-a-response-to-the-attacks?CMP=fb_gu


Planète et environnement
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