manifeste

 

MANIFESTE parmi les apprentis-sorciers

Devant l'éclatement des villes, plusieurs attitudes sont possibles.
 
Jean Nouvel ajoute ses brillants éclats à l'éclatement général, dont il a fait
(même s'il s'en est défendu depuis) comme la nouvelle "logique" du monde,
définitivement incompréhensible dans sa sauvage beauté.
Bernard Huet apporte son ordre formel, digne et cultivé, auquel le désordre
devra bien se plier, mais peut-être sans s'y reconnaître vraiment.
 
Il y aurait une autre voie : chercher dans l'apparent désordre un nouvel ordre caché,
ou en train d'éclore ; en repérer les logiques secrètes et les acteurs essentiels ;
laisser sans contrainte inutile ces forces dessiner la nouvelle forme urbaine,
en aidant seulement à leur émergence et à la cohérence de leur expression.
Double gageure : rien ne dit que ces forces accoucheront d'une ville acceptable ;
et même dans ce cas, elle nous sera si étrange que nous ne saurons peut-être pas
l'évaluer avec nos critères d'un autre âge.
 
J'expérimente cependant une méthode : pour un projet d'architecture ou d'urbanisme,
laisser d'abord parler le terrain et son environnement, le programme et ses connexions,
les acteurs et leurs priorités ; la vie en somme. Mettre en forme ce qui en découle,
et le considérer : le résultat est souvent porteur d'une grande richesse intérieure,
fondée en histoire et en société contemporaine ; une fois repérées, sa logique
et sa cohérence peuvent alors s'exprimer dans un projet formel et personnalisé,
que l'auteur osera signer. "Ready made", en quelque sorte.
 
C'est que l'architecture est un art social : le concepteur n'est pas seul devant sa toile
ou sa partition, mais un relais créatif entre maître d'ouvrage, entreprises et utilisateurs
(sans oublier les spectateurs). Insertion plus marquée encore pour l'urbaniste,
dont les orientations ne prendront vie que si elles sont reprises à leur compte,
et collectivement, par les multiples acteurs de la ville.
 
Ceci n'empêche pas l'urbaniste d'avoir son idée, et d'utiliser - comme dans l'aï ki do -
le mouvement des partenaires pour les entraîner dans la direction choisie.
 
Un classique taoïste donne en exemple ce boucher dont, après 19 ans d'usage intensif,
le couteau était resté comme neuf : il connaissait si bien les articulations qu'il a pu
y glisser la lame sans l'user.
Puis-je ainsi éviter d'ébrécher mon couteau d'urbaniste ?
 
Une telle approche fait naturellement la part aussi belle à l'intuition, conscience du vivant,
qu'à une analyse qui reste toujours un peu de l'ordre de l'autopsie.
Mais l'intuition n'est pas ici la facilité d'un don magique :
elle se nourrit de la connaissance du terrain, du contexte, des acteurs
et plus généralement d'une culture de notre société.
 
Vaste ambition !...
 
CND
 

Projet urbain - tendre cadastre - Bezons - sur la route d'Henin-Beaumont

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