Stage linguistique à Singapour "LIRE LA VILLE"

CITATIONS 1

(textes lus au cours du stage - classiques)

 

[LA FONTAINE : La ville devient moins sûre que la campagne]

LE RAT DE VILLE
ET LE RAT DES CHAMPS
 
 
 
Autrefois le rat de ville
Invita le rat des champs,
D'une façon fort civile
A des reliefs d'Ortolans.
 
Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
que firent les deux amis.
 
Le régal fut fort honnête :
Rien ne manquait au festin
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
 
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le rat de ville détale,
son camarade le suit.
 
Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
"Achevons tout notre rôt.
 
- C'est assez dit le rustique,
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
de tous vos festins de roi,
 
mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !"

[Fables ]

[DESCARTES : la ville comme métaphore de la pensée et de son ordre nécessaire]

"J'étais alors en Allemagne (…) et n'ayant, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avais tout loisir de m'entretenir de mes pensées (…) je m'avisai de considérer que souvent il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés de plusieurs pièces, et faits de la main de divers maîtres, qu'en ceux auxquels un seul a travaillé.
 

Ainsi voit-on que les bâtiments qu'un seul architecte a entrepris et achevés ont coutume d'être plus beaux et mieux ordonnés que que ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder, en faisant servir de vieilles murailles qui avaient été bâties à d'autres fins.

 

Ainsi ces anciennes cités qui, n'ayant été au commencement que des bourgades, sont devenues par succession de temps de grandes villes, sont ordinairement si mal compassées, au prix [en comparaison] de ces places régulières qu'un ingénieur trace à sa fantaisie dans une plaine, qu'encore que, considérant leurs édifices chacun à part, on y trouve souvent autant ou plus d'art qu'en ceux des autres, toutefois, à voir comme ils sont arrangés, ici un grand, là un petit, et comme ils rendent les rues courbées et inégales, on dirait que c'est plutôt la fortune que la volonté de quelques hommes usant de raison qui les a ainsi disposés".

 
(DESCARTES, Discours de la méthode - deuxième partie : principales règles)

[ Michel BENOIST : jardin chinois et jardin frança!s - deux visions de l'espace ?]

"C'est dans l'année 1745 que, par ordre de l'empereur, je suis arrivé à Pékin sous le titre de mathématicien. Deux ans après, je fus appelé par Sa Majesté pour diriger des travaux hydrauliques. (...)
 

Les chinois, dans l'ornement de leurs jardins, emploient l'art à perfectionner la nature avec tant de succès, qu'un artiste ne mérite les éloges qu'autant que son art ne paraît point et qu'il a mieux imité la nature.

 
Ce ne sont pas, comme en Europe, des allées à perte de vue, des terrasses d'où l'on découvre dans le lointain une infinité de magnifiques objets, dont la multitude ne permet pas à l'imagination de se fixer sur quelques-uns en paticulier.
 

Dans les jardins de Chine la vue n'est point fatiguée, parcequ'elle est presque toujours bornée dans un espace proportionné à l'étendue des regards. Vous voyez une espèce de tout dont la beauté vous frappe et vous enchante, et après quelques centaines de pas, denouveaux objets se présentent à vous, et vous causent une nouvelle admiration."

(Michel BENOIST, père jésuite cité dans "Le voyage en Chine" - ed. Robert Laffont 1992)

[BALZAC : la ville turbulente et bouillonnante]

"Paris, cette mer orageuse..., ce turbulent et bouillonnant Paris, qu'un poète nomme une cuve..., cette prostituée avide, menteuse, comédienne..., pays de contrastes, centre de boues, de crottes et de merveilles, du mérite et des médiocrités, de l'opulence et de la misère..., cette ville qui se montre quasi nue à toute heure..., cette grande courtisane qui vous prend et vous laisse, vous sourit et vous tourne le dos avec une égale facilité, qui use les plus grandes volontés en des attentes captieuses, et où l'Infortune est entretenue par le Hasard..., Paris est un instrument dont il faut savoir jouer."

(Honoré de BALZAC, extraits cités en 4° de couverture de "A Paris ! "- ed Complexe 1993)

[BAUDELAIRE : la ville change]

"...Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville
change plus vite, hélas ! que le coeur d'un mortel )..."
 
(Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du mal - Tableaux parisiens - poème LXXXIX
"Le cygne", écrit en 1859, au moment des grandes percées d'Haussmann qui ont modelé le Paris d'aujourd'hui)

[Victor SEGALEN : la notion de patrimoine en Europe et en Asie]

AUX DIX-MILLE ANNÉES
 
Ces barbares [*], écartant le bois & la brique & la terre,
bâtissent dans le roc afin de bâtir éternel !
 
Ils vénèrent des tombeaux dont la gloire est d'exister encore ;
des ponts renommés d'être vieux & des temples de de pierre trop dure dont pas une assise ne joue.
 
Ils vantent que leur ciment durcit avec les soleils ; les lunes meurent en polissant leurs dalles ;
rien ne disjoint la durée dont ils s'affublent ces ignorants, ces barbares !
 
Vous ! fils de Han, dont la sagesse atteint dix-mille années et dix-mille milliers d'années,
gardez-vous de cette méprise.
 
Rien d'immobile n'échappe aux dents affamées des âges. La durée n'est point le sort du solide.
L'immuable n'habite pas vos murs, mais en vous, hommes lents, hommes continuels (...)
 
(Victor SEGALEN, Stèles)

[* "ces barbares" : les européens]

[LAO TSEU : le vide comme constituant majeur de l'espace]

XI
 
Trente rayons convergent au moyeu
mais c'est le vide médian qui
confère à la voiture sa fonction
 
On façonne l'argile pour faire des vases
mais c'est du vide interne
que dépend son usage
 
Une maison est percée de
portes et de fenêtres,
c'est encore le vide qui
permet l'usage de la maison.
 
 
Ainsi "ce qui est" constitue
la possibilité de toute chose ;
"ce qui n'est pas"
constitue sa fonction.
 
 
 ***
 
 
[Lao Tseu, Tao tö king, XI -
traduction Liou Kia-hway, relue par Etiemble. Editions Gallimard, 1980]
 
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